NET PRESS
Burundi - Coopération.
Les milieux ultra-hutu de la diaspora demandent aux bailleurs de fonds d'être plus regardants.
Bujumbura, le 12 mars 2002 (Net Press). Dans une lettre adressée aux grands décideurs de ce monde en date du 25 février 2002, le "réseau international Burundi pour la paix et le respect des droits de l'homme" (RIB) qui regroupe "18 associations et Ong's burundaises ou amies du Burundi" reconnaît que le pas franchi par le processus de paix au Burundi depuis le 1er novembre 2001 est important. Il déplore néanmoins qu'après plus de trois mois, le gouvernement transitoire "n'a encore rien fait de palpable pour soulager les populations de l'extrême pauvreté dans laquelle elles sont plongées et des violences qui emportent chaque jour des vies humaines et principalement des civils". Le RIB regrette par ailleurs que le gouvernement de transition, "quoique conscient de l'extrême pauvreté dans laquelle vivent les populations", vient d'allouer pour l'année 2002 plus de 40% du budget national "au seul ministère de la défense pour s'équiper en armement et intensifier la guerre". Selon le même collectif ultra-hutu, l'expérience récente a démontré que le budget alloué à certains ministères du gouvernement précédent, tel que le ministère de la réinsertion des déplacés et des réfugiés, "a été détourné par les hauts gestionnaires de l'Etat au lieu de créer des conditions favorables nécessaires au rapatriement volontaire des réfugiés". C'est pour toutes ces raisons, poursuit la lettre, que le RIB demande aux destinataires de sa correspondance de peser de tout leur poids sur les "protagonistes burundais" pour un arrêt immédiat des hostilités et pour un engagement sincère dans des négociations pour un cessez-le-feu définitif. Ces protagonistes devraient aussi ne plus "tirer en longueur ces négociations comme celles d'Arusha qui ont duré plus de 2 ans".
Pour le RIB, le Burundi est certes un pays qui a besoin de soutien pour sa relance économique mais toujours en guerre, raison laquelle, "en attendant la signature d'un accord de cessez-le-feu, les bailleurs de fonds devraient adopter une position identique à celle adoptée à Paris en décembre 2000 et à Genève en décembre 2001. En clair, ils devraient, selon toujours le collectif ultra-hutu, accorder une aide assortie de conditions, à savoir le rétablissement de la paix et de la sécurité ainsi que le respect des droits de l'homme. Le RIB, qui semble regretter la reprise de la coopération structurelle de certains bailleurs de fonds tels que l'Union européenne, leur demande "plutôt d'accentuer l'aide humanitaire aux populations sinistrées par la guerre et de mettre au point des mécanismes de contrôle efficace pour s'assurer que l'aide donnée ne sera pas détournée et qu'elle ne sera pas destinée à l'achat d'armes et de munitions servant à perpétuer la guerre".
Comme on le voit, les milieux ultra-hutu, de la diaspora en l'occurrence, ne souhaitent pas du tout le décaissement de l'aide promise à Paris et à Genève, encore moins la reprise de la coopération en bonne et due forme avec le Burundi. Ils posent en effet des conditions difficiles à remplir et il est évident que les mêmes milieux, dont on connaît l'activisme en Occident, feront tout pour que l'argent promis ne parvienne pas aux Burundais, histoire d'asphyxier un peu plus et de mettre à genoux ce pays tant meurtri.
Cette lettre a été signée par le successeur de Brigitte Erler à la tête du RIB, André Nkeshimana, et a été envoyée notamment au secrétaire général de l'ONU, au président de la Banque mondiale, au directeur général du fonds monétaire international, au président en exercice de l'Union européenne et au président de la Commission européenne. En outre, des copies de la même lettre ont été envoyées à tous les gouvernements des pays de l'Union européenne, à celui des Etats-Unis, du Canada, du Japon, de la Suisse, de la Chine, au commissaire européen en charge du développement ainsi qu'à Nelson Mandela. Signalons enfin que l'ancien secrétaire général du RIB n'est autre que l'actuel ministre de la communication et porte-parole du gouvernement du Burundi, M. Albert Mbonerane, dont le RIB a sérieusement regretté le départ "sans avoir avisé" lors de la relance des activités de ce réseau en décembre 2001 à Almere (Pays-Bas).
Burundi - Enseignement.
Le personnel de l'université du Burundi reconduit son mouvement de grève.
Bujmbura, le 12 mars 2002 (Net Press). Le personnel de l'université du Burundi a décidé, à l'issue de son assemblée générale de ce 11 mars 2002, de reconduire son mouvement de grève pour deux jours supplémentaires. Car, ont constaté les travailleurs de cette université, aucune avancée significative n'a été observée concernant leurs revendications. Le syndicat de cette institution (STUB) a, dans un communiqué rendu public aussitôt après cette assemblée générale, indiqué qu'aucune suite n'a été réservée à la lettre qu'avait adressée son président au ministre de tutelle, lui demandant un "entretien de clarification" suite à sa déclaration radio-télévisée du 22 février 2002. D'après le STUB, un service minimum sera assuré pendant cette période de grève. Il s'agit notamment des stages pédagogiques, des stages à la faculté de médecine, de la restauration (par la régie des oeuvres universitaires), ainsi que de la propreté et de l'hygiène dans les résidences universitaires. Les examens et les soutenances de mémoires seront programmés en dehors des jours d'arrêt de travail, tandis que la délibération sur les résultats des examens est suspendue, selon le même communiqué. S'exprimant dans un point de presse tenu dans l'après-midi de ce 11 mars 2002, le président du STUB, le professeur Paul Nkunzimana a indiqué que "le projet de contre-réformes en cours" a déjà produit pas mal d'effets négatifs. Ainsi, 325 places ont été déjà supprimées dans les homes universitaires et 165 étudiants ont dû abandonner leurs études, n'étant pas parvenu à trouver où se loger dans la ville de Bujumbura. Pendant ce temps, la ration journalière par chaque étudiant (accordée par la ROU) a été revue à la baisse, puisqu'elle est passée de 570 à 500 Fbu depuis le début de l'année 2002 tandis que les frais d'inscription sont passés de 2500 à 5000 Fbu cette année académique. Et d'ajouter que rien de "vraiment significatif" n'a été encore fait dans le sens de la résolution de la crise à l'université du Burundi.
C'est pour cela, a ajouté le professeur Nkunzimana, que le STUB continue à exiger que le montant de 792 millions de Fbu correspondant au déficit du bugdet de fonctionnement de la ROU (régie des oeuvres universitaires) lui soit alloué, afin de lui permettre d'avoir au moins un bugdet égal à celui de l'année passée. Il a également condamné les réformes envisagées concernant les étudiants en formation à l'étranger et a indiqué ne pas comprendre pourquoi le gouvernement compte supprimer les indemnités familiales, les frais d'équipement pour cette catégorie d'étudiants et les suppléments de bourse. Car, pour lui, cela reviendrait à empêcher la formation de 3è cycle à l'étranger. A propos du récent communiqué de l'association des professeurs de l'université du Burundi (APUB) qui a dernièrement lancé un appel à la poursuite des activités académiques arguant que des avancées significatives ont été obtenues, le président du STUB a déclaré que l'APUB est sans nul doute insuffisamment informée. Et d'ajouter à ce sujet que des réunions d'harmonisation vont bientôt se tenir entre l'APUB et le STUB pour qu'ils puissent travailler main dans la main pour la résolution de cette crise. Le personnel de cette université devrait se réunir en assemblée générale ce mercredi 13 mars 2002 pour une nouvelle évaluation de sa grève.
Burundi - Politique.
Un témoin oculaire de la scène de Bugendana dément formellement que l'ancien président Ntibantunganya ait failli être tué ce jour-là.
Bujumbura, le 12 mars 2002 (Net Press). Un fidèle lecteur de Net Press qui a écouté samedi dernier (9 mars 2002) l'émission "Imvo n'imvano" du service Kirundi-Kinyarwanda de la BBC et qui est un témoin oculaire de la fameuse scène du 22 juillet 1996 de Bugendana, s'est cru obligé de jeter de la lumière sur ce qui s'est réellement passé ce jour-là. C'était le jour des funérailles de près de 500 personnes, en majorité des femmes et des enfants rescapés du génocide de 1993 vivant dans un camp de déplacés, qui venaient d'être sauvagement massacrées par des "combattants de la liberté" (sic) du Cndd. Pour notre lecteur, ce qu'a dit ce samedi sur la BBC M. Sylvestre Ntibantunganya est "très faux", car, à son avis, personne n'avait programmé d'attenter à sa vie et "si quelqu'un s'était préparé et résolu pour le faire, eh bien, il serait parvenu à le faire". D'après notre interlocuteur en effet qui se tenait tout près des hautes autorités du pays à l'époque, dont l'ancien premier ministre Nduwayo, ce n'est qu'à la dernière minute que l'ancien président de la République a décidé de faire le déplacement de Bugendana, en passant outre, semble-t-il, les mises en garde de son entourage et alors que presque personne ne s'y attendait. Le premier ministre Nduwayo et tous les ministres présents qui s'apprêtaient à diriger ces cérémonies, ont dû attendre l'arrivée de l'ancien président dont ils venaient tout juste d'apprendre par walkie-talkie. M. Ntibantunganya a été accueilli par des banderoles dénonçant la collusion évidente du pouvoir de l'époque avec les bandes criminelles du Cndd, banderoles qui étaient brandies par les milliers de jeunes présents qui manifestaient leur chagrin dans le calme absolu. Ils ne se sont rendu responsables d'aucun acte de violence et ont été repoussés, sans beaucoup d'efforts (parce qu'ils étaient précisément pacifiques), par la garde rapprochée du chef de l'Etat de l'époque.
Ce n'est qu'un quart de heure plus tard et à l'initiative d'une vieille femme, qui n'a pas pu se retenir à la vue de l'ancien président, que la tension est brusquement montée. Beaucoup d'autres personnes ont suivi son exemple en jettant en direction de M. Ntibantunganya des touffes des mauvaise herbe et pas une seule pierre. La femme s'est écriée en disant : "Ehe wa mwicanyi !" (NDLR : elle a qualifié l'ancien président de "tueur" ou "criminel"). Voyant que la tension commençait à monter dangereusement, quelqu'un parmi la foule a conseillé à l'ancien ministre Gamaliel Ndaruzaniye de convaincre l'ancien président de rebrousser chemin. Il l'a même escorté et protégé, se mêlant à sa garde rapprochée qui risquait d'être débordée. Ces militaires de l'USI (unité de sécurité des institutions) ont continué à protéger l'ex-chef de l'Etat des jets de touffes d'herbe jusqu'à ce qu'il se mette à bord de l'hélicoptère qui devait le transporter et si quelqu'un avait voulu le tuer, il l'aurait fait à ce moment précis.