AC Génocide Burundi

ASSOCIATION BURUNDAISE DE LUTTE CONTRE LE GÉNOCIDE

BULLETIN CIRIMOSO

Lettre aux militants

N°2 du 24 Août 2002


 

Le Maire de la ville, M. Pontien Niyongabo, piétine un droit élémentaire et sacré pour les victimes et rescapés du génocide

Une lettre du Maire de la ville de Bujumbura, M. Pontien Niyongabo, adressée au président de l’Association de lutte contre le génocide au Burundi AC-GENOCIDE CIRIMOSO ce 21 août 2002 dans l’après-midi, a désagréablement surpris les militants de cette association qui allaient commémorer le génocide des Batutsi et des Bahutu opposés au génocide à 17h30 au Carrefour de la JRR de Ngagara, comme chaque 21 du mois.

Le Maire de la ville a dépêché au Carrefour de Ngagara une cinquantaine de gendarmes puissamment armés et munis de bombones à gaz lacrymogène sous les ordres du Commandant de District de Bujumbura pour disperser ceux qui allaient participer à la réunion. Les réactions ne se sont pas faites attendre.

La section estudiantine « Jeunesse antigénocidaire » de l’Université du Burundi a aussitôt rendu publique une déclaration d’indignation pour dénoncer « cette grave violation de la loi sur le fonctionnement des associations et la liberté d'expression ». Cette action a été suivie par une déclaration de protestation de la section AC-GENOCIDE CIRIMOSO du Canada. Le Président de AC GENOCIDE CIRIMOSO a également adressé une lettre ouverte au Maire de la ville lui faisant remarquer qu’il venait « de piétiner, ce 21 août 2002,un droit élémentaire et sacré pour les victimes et rescapés du génocide en leur interdisant brutalement de s'acquitter de leur devoir de mémoire, " pour des raisons administratives et sécuritaires " absolument inexistantes »

Lettre ouverte du Professeur Venant Bamboneyeho, Président de AC-GENOCIDE CIRIMOSO au Maire de la ville de Bujumbura

Monsieur le Maire,

Après deux jours de consternation, nous prenons la peine de porter à votre connaissance qu'à nos yeux, vous venez de piétiner, ce 21 août 2002,un droit élémentaire et sacré pour les victimes et rescapés du génocide. En leur interdisant brutalement de s'acquitter de leur devoir de mémoire, " pour des raisons administratives et sécuritaires " absolument inexistantes, vous vous êtes rendu coupable d'une rigueur inhumaine difficilement pardonnable. Aussi, la " bonne compréhension " que vous espériez de nous est malheureusement impossible, même dans l'éventualité ou vous auriez été induit en erreur par voie de mensonges éhontés ou de pression tyrannique. Nous savons que ces méthodes sont courantes dans le style actuel de gestion des affaires du pays.

Vous venez d'être appelé, Monsieur le Maire, à présider aux destinées d'une ville où convergent les mauvaises nouvelles du pays depuis le 21 octobre 1993, date à laquelle le génocide des Tutsi a été déclenché par l'administration FRODEBU de l'époque, celle-là même qui est de retour aujourd'hui. Vous n'ignorez pas non plus que ce génocide n'a précisément jamais été stoppé, pendant que la classe politique compromise dans les marchandages immoraux d'Arusha veut faire croire qu'il s'agit d'une simple guerre civile pour réclamer plus de justice sociale dans le pays…

Nous vous prions de comprendre, Monsieur le Maire, que, pour nous, il n'existe pas d'attitude neutre face au génocide. Il en est d'ailleurs ainsi pour tous les hommes normalement constitués dans tous les pays du monde et de tous temps. Vous êtes pour ou vous êtes contre. C'est tout. Même l'indifférence est une véritable caution face à ce crime des crimes. Ceux qui n'ont pas la conscience tranquille peuvent continuer à ergoter et à nourrir de vaines polémiques relayées par une opinion étrangère abusée ou franchement cynique, la triste réalité du génocide des Tutsi au Burundi est tragiquement là, toujours-là, comme déjà qualifiée, du reste, pour le Conseil de Sécurité des Nations-Unies dans le Rapport S/1996/682.

Pour les Burundais eux-mêmes, vous savez qu'il n'y a jamais eu la moindre hésitation sur la nature de l'extermination en question, ni pour les bourreaux, ni pour les victimes.

Sauf votre honneur et votre autorité, permettez-nous, enfin, Monsieur le Maire, de vous faire part de notre souhait de vous voir faire honneur, désormais, à la jeunesse hantée par le fléau du génocide et déterminée à le combattre avec la dernière énergie. " Dans ce pays, il y a eu des actes de génocide contre des populations innocentes ciblées. Il faut stopper cette hémorragie. Il faut stopper cette barbarie (…). Nous ne pouvons pas nous résigner au génocide, cette ignominie. Le peuple Burundais n'en veut pas. Ceux qui persistent à l'enchaîner dans ce piège ne l'aiment pas. Ils le prennent en otage. Cela doit cesser. ". Voilà pour encourager, une référence prestigieuse, puisqu'il s'agit d'un extrait du discours d'investiture du Président de la République, le 25/7/1996. C'est clair et net, exactement comme la déclaration de la Même Autorité Suprême, le 7/5/1998, dans le message adressé au Secrétaire Général de l'ONU, en visite à Bujumbura. " En saluant l'appui que Vous avez décidé d'accorder au système judiciaire au Burundi, a-t-il insisté, nous voudrions que la compétence internationale recommandée par la Commission d'Enquête ad hoc sur le Burundi, soit mise en place pour décourager définitivement l'idéologie du génocide et ses maîtres penseurs, qui bénéficient jusqu'aujourd'hui encore de l'appui de certains milieux à travers le monde ".

Vous nous comprendrez donc, Monsieur le Maire, si nous disons que nous n'attendons plus personne pour venir nous expliquer ce qui se passe dans notre pays depuis le 21/10/93 : nous ne sommes d'ailleurs pas les seuls comme vous le constatez.

C'est uniquement dans cet esprit, Monsieur le Maire, qu'il serait possible d'inscrire une bonne compréhension entre votre autorité et les administrés que nous sommes, membres et sympathisants de l'Association pour la lutte contre le génocide, ASBL reconnue par la Loi Burundaise.

 

Pour AC GENOCIDE - CIRIMOSO

Venant Bamboneyeho

Représentant Légal.

23-08-02.

La Jeunesse anti-génocidaire exprime sa vive indignation suite à l'interdiction de la tenue de l'assemblée générale de ce 21 août 2002 par le Maire de Bujumbura

Suite au sabotage intempestif et injustifiable, par le Maire de la ville de Bujumbura de la 74ème journée commémorative du génocide des Tutsi ce 21 août 2002 au carrefour de la J.R.R. à NGAGARA, la section Jeunesse déclare à l'opinion nationale et internationale ce qui suit :

1° L'association A.C.Génocide-Cirimoso, reconnue par la loi burundaise, lutte exclusivement contre le génocide sous toutes ses formes et par la non-violence. Elle notamment dans ses objectifs, la sauvegarde de la mémoire vigilante, l'assistance aux rescapés et la résistance contre l'achèvement du génocide des Tutsi déclenché en octobre 1993 et continué sous diverses formes jusqu'aujourd'hui.

2° La Jeunesse anti-génocidaire exprime sa vive indignation suite à l'interdiction de la tenue de l'assemblée générale de ce 21 août 2002 par le Maire de Bujumbura et dénonce cette grave violation de la loi sur le fonctionnement des associations et la liberté d'expression.

3° La Jeunesse anti-génocidaire apprécie hautement le courage et l'abnégation de tous les rescapés du génocide et de tous les membres de l'A.C.Génocide-Cirimoso qui avaient massivement répondu à leur traditionnelle journée commémorative.

4° Les raisons de sécurité évoquées par le Maire de la ville de Bujumbura n'étaient pas fondées puisque d'autres réunions se déroulaient dans le même après-midi en mairie de Bujumbura et n'ont pas été brutalement empêchées comme la notre. Du reste, aucun fait nouveau n'a été signalé ce jour-là sur le plan sécuritaire.

5° Si c'est pour décourager la lutte contre le génocide des Tutsi en voie de généralisation et d'achèvement, la Jeunesse anti-génocidaire lance un défi aux spéculateurs et se déclare plus que jamais décidée à poursuivre la lutte jusqu'au bout.

6° La jeunesse anti-génocidaire dénonce, une fois de plus, l'accord d'ARUSHA, qui n'a fait que promouvoir des personnalités et organisations responsables d'un génocide qualifié, les différentes manœuvres du gouvernement pour amnistier les génocidaires et surtout les actuels conciliabules de DAR-ES-SALAAM sur le démantèlement de l'armée nationale, dernier obstacle à l'achèvement du génocide. La jeunesse anti-génocidaire burundaise est convaincue que jamais un génocidaire n'aura de paix sur cette terre, fût-ce au Burundi. Ils subiront le même sort que Caïn où qu'ils soient cachés ou intronisés.

7° La Jeunesse anti-génocidaire invite tous les jeunes à redoubler de vigilance dans ces moments décisifs. Leur avenir et l'avenir de la Nation dépendront uniquement de leur détermination et de leur sens des responsabilités.

8° La Jeunesse anti-génocidaire rappelle à toute la communauté nationale et internationale que le combat contre le génocide bénéficie à le monde, hormis les génocidaires. Elle recommande aux corps de Police et de la Gendarmerie ainsi qu'à l'armée nationale d'éviter la grave responsabilité de bloquer la recherche d'une paix durable et d'un Etat de droit au Burundi par une justice saine et équitable.

9° La jeunesse anti-génocidaire réaffirme son ferme engagement à lutter pour la vie, contre le génocide et les génocidaires.

Tous contre le génocide, nous vaincrons.

Fait à Bujumbura, le 22 août 2002

A.C.GENOCIDE-CIRIMOSO

SECTION JEUNESSE

MASABO Dieudonné.

Président.

L'Association pour la lutte contre le Génocide, section Canada, condamne avec la dernière énergie la mesure prise par le Maire de Bujumbura et la terreur utilisée par les gendarmes pour empêcher la réunion du 21 août 2002

L'Association pour la lutte contre le Génocide, section Canada, vient d'apprendre avec indignation la mesure arbitraire et immorale prise par Monsieur Pontien Niyongabo, Maire de la ville de Bujumbura, interdisant la tenue de l'Assemblée Générale de AC Génocide le 21 août 2002. En plus de cette interdiction, AC-Génocide Canada apprend que les citoyens venus nombreux commémorer cette journée ont été fortement malmenés, certains tabassés au risque de leur vie.

Face à ce climat de dictature et de violence créée par les autorités municipales de Bujumbura, les membres et sympathisants de la section canadienne de AC-Génocide

·Condamnent avec la dernière énergie la mesure prise par le Maire de Bujumbura et la terreur utilisée par les gendarmes pour écraser un rassemblement paisible.

·Dénoncent cette traîtrise qui consiste à satisfaire toutes les caprices des génocidaires tout en réprimant un mouvement pacifique qui ne fait que dénoncer les criminels et demander justice pour les victimes de la barbarie;

·Rappellent au Maire de la Ville que le génocide des Tutsis qui se commet au Burundi depuis 1993 est encouragé par des personnes puissantes honteusement nichées aux commandes de l'État.

·Soulignent leur condamnation permanente au processus dit de paix d'Arusha qui institutionnalise le crime et le racisme dans les institutions du Burundi;

·Réitèrent leur soutien au professeur Venant Bamboneyeho, Président de l'Association pour la lutte contre le Génocide, cet homme de paix, véritable modèle de la nation;

·Saluent le courage et l'esprit de sacrifice des membres et sympathisants de l'Association mère AC Génocide CIRIMOSO qui, malgré les mesures dictatoriales à l'image du régime Pinochet, revendiquent paisiblement mais fermement leur droit de survie

·Invitent tous les Burundais épris de paix à fustiger ce gouvernement qui refuse aux paisibles citoyens le droit d'exprimer pacifiquement leur douleur pendant qu'il courtise les hordes génocidaires rassemblées à Dar-es-Salam.

Fait à Montréal, le 22 août 2002

Pour AC-Génocide Canada

Gabriel Hakizimana, Pésident

Claire Nizigiyimana, Secrétaire


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