RUGAMBA-NET PRESS

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International Crisis Group



II QUELLES LIBERTES POUR QUELS MEDIAS ?

 

 

La presse publique, audiovisuelle et écrite, constitue aujourd’hui l’essentiel du paysage médiatique burundais, malgré le foisonnement des titres indépendants qui avait accompagné la démocratisation au début des années quatre-vingt-dix. Outil essentiel d’information du régime, les médias publics influencent la vie politique nationale depuis bientôt un demi-siècle. Les régimes militaires successifs n’ont jamais permis qu’on leur en dispute l’usage exclusif, une attitude qui perdure aujourd’hui. La couverture du processus de paix d’Arusha en est le parfait exemple. Depuis le début des négociations, la politique de communication du gouvernement est en effet restée ambiguë et reflète ses hésitations à l’égard de ce forum, toujours perçu comme imposé par la communauté internationale et naturellement hostile au gouvernement.

De l’autocensure comme seconde nature à la censure officielle, le professionnel des médias publics burundais doit également faire face aux multiples difficultés de l’accès à l’information. Les moyens matériels de travail sont extrêmement limités et les obstacles institutionnels sont incontournables. De plus, le cadre juridique dans lequel évoluent les médias est prohibitif et la menace des sanctions administratives pèse en permanence sur les journalistes.

La presse privée, quasi inexistante aujourd’hui, fut à ses débuts le symbole de la libéralisation politique du pays. Cependant, elle connut également une courte et piètre aventure, tant ses dérives furent violentes et brutales. 

L’explosion de la presse indépendante durant la courte période démocratique du Burundi – de janvier à décembre 1993- s’est en effet vite essoufflée. L’éclosion d’une jeune presse “libre et indépendante ” répondait au besoin d’information sous-jacent à la libéralisation de la vie politique. Comme le précise Reporters sans Frontières (RSF) : “ aussi choquant ou paradoxal que cela puisse paraître, les feuilles extrémistes aux éditoriaux enflammés sont justement nées de la décrispation du régime de parti unique. Quel que soit leur ton, leur indépendance ou au contraire leur engagement partisan, les vingt-six journaux (et les deux radios déjà agréées mais non encore opérationnelles) témoignent d’un remarquable engouement pour les médias, même si le lectorat restait essentiellement celui des élites urbaines qui pouvaient acheter plusieurs journaux ”[1]. Les médias furent les témoins et acteurs de la crise politique et morale que connaissait le pays. Bon nombre de journaux d’opinion et les organes de propagande des partis sont devenus les outils de confrontation utilisés par les différents camps utilisés les uns contre les autres : tutsi contre hutu, UPRONA contre FRODEBU, et vice versa.

Aujourd’hui, sept ans après l’avènement du multipartisme, plus d’une quarantaine de titres de différentes obédiences ont disparu, aussi rapidement qu’ils étaient apparus. Chacun a disposé en moyenne d’une durée de vie de 6 à 12 mois. L’existence d’une presse pluraliste aurait pu avoir un effet modérateur d’initiation aux règles démocratiques. Or, la plupart des titres se caractérisaient par une volonté de renforcer les haines ethniques et les préjugés collectifs en “défendant” une ethnie contre une autre[2]. Au moment où la conclusion des négociations de paix d’Arusha promet l’avènement d’une période de stabilité, le paysage médiatique n’est pas à l’abri “d’une rechute”. La tentation taraude toujours les professionnels des médias tant publics que privés, de militer au lieu d’informer, et la libéralisation totale des colonnes comme des ondes pourrait poser des problèmes inattendus.

En effet, le problème des médias burundais n’est pas tant la liberté d’expression que la naissance d’un véritable espace public pluraliste, soutenu par un environnement juridique et politique adéquat. Les journalistes doivent rejeter leur rôle de propagandiste et apprendre à devenir les porte-parole de l’opinion publique. De même, le pays a besoin d’une politique de communication ouverte et compétente sur les progrès du processus de paix. La rumeur doit laisser la place à l’information rigoureuse et les médias doivent devenir les supports de la réconciliation et de la démocratisation. L’exigence de liberté des médias privés et publics et la mise à disposition de ces derniers auprès de toutes les sensibilités politiques, formulées par Nelson Mandela en mars 2000, n’est pas suffisante. Elle doit s’accompagner d’un changement d’attitude des journalistes et hommes politiques, et d’une stratégie institutionnelle de communication propice à l’apprentissage de la paix.

 

 

A. Les médias comptables de leur responsabilité dans la crise

 

Avec l’avènement du multipartisme consacré par la constitution de 1992, la liberté d’expression a nettement progressé, notamment grâce aux efforts de la presse privée et de quelques journalistes de la presse publique. Cette ouverture a contribué à poser les bases d’un débat contradictoire jusque là totalement inédit. Au sein de l’audiovisuel d’Etat, le défi était de changer les habitudes de beaucoup de journalistes de pratiquer leur métier comme des fonctionnaires, ou des vulgarisateurs de la propagande du pouvoir, un exercice imposé à chaque changement de régime. Il fallait susciter une conscience professionnelle chez les journalistes et dépolitiser le service public audiovisuel. L’assassinat de Melchior Ndadaye en octobre 1993 et les massacres qui le suivirent, provoquèrent cependant un effet inverse. Les médias devinrent des artisans du conflit. 

 

 

 

1. Médiocre formation des journalistes et autocensure (1993)

 

 

Les journalistes du service public proviennent de différents horizons de formation : généralement lauréats de l’Ecole du Journalisme du Burundi (1982-1990), d’autres sont des impétrants de la faculté des Sciences Humaines. Ils parachèvent leur formation de journalistes par des stages et des séminaires organisés, soit au sein même du seul organe audiovisuel disponible de l’Etat, la Radio Télévision Nationale Burundaise (RTNB), soit dans les stations de radio internationales des capitales étrangères[3].La formation reçue à l’Ecole de Journalisme n’établissait jamais la frontière entre la propagande et l’information. Son objectif était de former des journalistes pour les médias publics de l’audiovisuel et de l’écrit, et des agents de presse pour le service public, seul pourvoyeur d’emploi. La fermeture de cette Ecole de Journalisme intervint à la veille de l’avènement du multipartisme. De fait, ni avant ni après la fermeture de cette école, les journalistes burundais n’ont eu l’occasion d’apprendre leur métier ou de le pratiquer en conformité avec les règles déontologiques minimales.

La ligue des Droits de l’Homme Iteka remarquait ainsi en mai 1993 pendant la campagne électorale que : “ La presse publique ne s’est pas adaptée aux nouvelles exigences d’une société pluraliste ; elle reste une presse de propagande pour le pouvoir en place. En cette période préélectorale, au lieu de donner les opinions diverses exprimées sur la situation qui prévaut dans le pays, elle a tendance à se contenter de relayer les accusations du parti UPRONA au pouvoir contre le FRODEBU, au lieu de s’astreindre à relater les faits (…) De plus, elle va jusqu’à tronquer ou falsifier l’information pour aboutir à des conclusions préétablies. Cette presse publique a failli à sa mission de former et d’informer le public (…) Les médias publics ont choisi de jouer la carte du pouvoir en place et ne traitent pas les autres partis sur le même pied d’égalité. Les responsables des médias et les journalistes ont ainsi renoncé à leur devoir d’objectivité”[4].

Par la suite, l’arrivée au pouvoir du FRODEBU a constitué un véritable électrochoc pour beaucoup de journalistes, tant publics que privés. Ce changement politique inattendu a provoqué une professionnalisation chez les uns et un esprit de résistance chez les autres. En effet, dans le contexte du nouveau régime, les uns ont cru à la démocratisation du pays et se sont sentis investis du devoir de consolider ce processus en informant rigoureusement la population et en suscitant le débat contradictoire. Les autres, au contraire, se sont chargés d’être les porte-parole de la nouvelle opposition. Les conflits au sein de l’audiovisuel burundais se sont ainsi exacerbés avec l’arrivée au pouvoir du président Ndadaye. 

Ainsi, comme le soulignait RSF, les journalistes n’ont pas toujours, par la plume ou par le micro, contribué à l’instauration d’un débat serein dans la société burundaise. Mais les sanctions du nouveau pouvoir FRODEBU - censure, limogeage et intimidations – et surtout les discours de justification qui les accompagnaient, dénotaient, voire trahissaient, une réelle propension à museler ce qui devait, avant tout, être un service public[5]. L’immixtion du pouvoir politique dans les organes d’informations du secteur public ne disparut pas avec l’arrivée du parti FRODEBU à la tête de l’Etat. Le limogeage du directeur de la RTNB Louis-Marie Nindorera le 25 septembre 1993 pour avoir voulu protéger le travail de ses journalistes, en est l’un des exemples les plus connus. De multiples cas de censure ont été également orchestrés par la nouvelle administration : refus de diffuser le reportage sur le retour d’exil en août 1993 de l’ancien président Jean-Baptiste Bagaza ; interdiction de la musique rwandaise à l’antenne ; ordre du Ministre de la Défense de ne pas diffuser un programme sur la présence de candidats hutu rapatriés dans le concours d’entrée à l’Institut Supérieur des Cadres Militaires (ISCAM) ; etc. 

Déplorant la perpétuation de cette pratique, RSF s’interrogeait ainsi : “la question est de savoir s’il est souhaitable qu’il revienne au ministre de donner des directives à la rédaction et que la législation en vigueur assimile les journalistes à des fonctionnaires, plaçant de facto l’information du service public sous la tutelle de l’Etat”[6]. De même, l’Association pour la promotion et protection de la liberté d’expression procédait à un constat similaire : “ Il est déplorable que dans un contexte de renouveau démocratique, le gouvernement veuille encore juger la compétence des responsables de la presse publique sur leur seule capacité et leur zèle à promouvoir le programme et les intérêts du parti au pouvoir et du gouvernement.”[7] Aux côtés d’une presse privée qui essayait de se mettre en place sans moyens, ressources ou personnel qualifié, les médias publics sont restés sous la férule de l’autorité gouvernementale, influencés par un exécutif interventionniste mais aussi par des journalistes rétifs, sinon réfractaires, à l’autorité du nouveau régime. Cette situation ne tarda pas à créer des clivages entre journalistes tutsi et leurs confrères hutu, dramatiquement aggravés après les massacres d’octobre 1993.

 

 

 

2. Délits de presse et appels au meurtre (1993-1996)

 

 

 

On ne peut pas comprendre la situation de la presse écrite privée au Burundi en ignorant les différentes étapes de naissance des journaux. Durant le deuxième semestre 1993, dans la foulée des élections présidentielles et législatives de juin, une presse privée s’installe. C’est la première vague de l’explosion médiatique burundaise, fruit de la révolution des urnes. Avec le sentiment de contribuer à la mise en place du pluralisme médiatique, les organes de partis (L’Aube de la Démocratie  du FRODEBU, L’Indépendant  de l’UPRONA) cohabitent alors avec des journaux indépendants ( Le Citoyen ,  Panafrika ,  La Semaine , etc.). Le nouveau pouvoir FRODEBU découvre alors une nouvelle presse, apprenant l’usage de la critique, et cédant parfois à l’outrance. Après l’assassinat du président Melchior Ndadaye en octobre de la même année et les massacres à grande échelle qui se répètent sur toute l’étendue du territoire, une deuxième série de titres apparaît. Alors que le ton des premiers change radicalement, considérant que la vie politique au Burundi ne peut finalement se comprendre qu’à travers une confrontation hutu-tutsi, cette deuxième vague de journaux accentue la dérive.

L’Aube de la Démocratie, organe du parti FRODEBU, n’hésite pas, fin 1993, à justifier ou à excuser les massacres de dizaines de milliers de Tutsi pour venger l’assassinat du président Ndadaye par les militaires : “Le 1er juin 1993, date de la victoire du FRODEBU, les Hutu avaient entrevu l’aurore de leur libération. Ils allaient enfin recouvrer leurs droits usurpés depuis des siècles. Quand ce droit a été défié par la décapitation des institutions démocratiques (…), ils se sont sentis directement menacés dans leur vie. Ils se sont sentis engagés dans le dilemme ‘tuer ou être tué’, tuer ou être asservi encore une fois et pour toujours. Rien n’a donc été enseigné à ce peuple longtemps meurtri, qui a, tel un ressort trop comprimé, brusquement réagi. Faites plutôt qu’il ne redevienne furieux ; car il a pu évaluer ce dont il était capable, et si c’était à refaire, il n’hésiterait pas à le faire”[8].

Quelques semaines plus tard, une longue guerre médiatique se déclenche en raison d’une totale paralysie de son action. Le gouvernement ne peut faire exécuter par les services de sécurité une ordonnance du ministre de la communication destinée à interdire “la parution, la distribution, la circulation et la vente sur le territoire du Burundi” du Carrefour des Idées qui avait titré, quelques jours après l’enterrement du président Ndadaye, dans son édition du 15 décembre 1993  : “Héros national ou chef de la tribu des coupeurs de têtes ?”. Les caricatures humiliantes, le recours au style pornographique, la publication de ragots et de rumeurs deviennent le lot commun de la presse écrite. Sur 22 journaux paraissant régulièrement au Burundi à la fin de l’année 1994, 15 sont nés après la tentative de coup d’Etat d’octobre 1993 et vont se ranger sur le terrain de l’insulte et de la propagande. Le Carrefour des Idées est rapidement rejoint dans cette croisade haineuse tant par la presse tutsi (La Balance, La Nation, Le Patriote, L’Etoile, Le Républicain, etc.) que par d’autres titres hutu (L’Eclaireur, Le Miroir-Nankana, Le Témoin, etc.)

Dans sa livraison du 3 octobre 1994, L’Etoile titrait sur l’intronisation du présidentSylvestre Ntibantunganya : “Il est intronisé en boitant, il se brisera vite”. Le Carrefour des Idées, du 28 octobre suivant, mettait à prix les têtes de Léonard Nyangoma et Festus Ntanyungu “ en offrant un million de Fbu à celui qui les amènera au bout de la lame de sa lance”. Le journal publiait aussi dans le même numéro plusieurs listes des Hutu “qui ont semé la terreur et assassiné des Tutsi dans plusieurs endroits” et “des députés du FRODEBU-Palipehutu dont les plus mauvais sont marqués par un astérisque”. Le Citoyen du 18/12/94 réputé modéré se laissa happer par la spirale raciste, en décrivant le ministre de la justice de l’époque : “personnage aux cheveux grisonnants avec un teint noir foncé et un visage que domine un nez fort épaté et qui supporte avec aisance ses petites lunettes qui contrastent avec son visage. Le ministre est un microcosme de contrastes”. Décrivant Sylvestre Ntibantunganya, Président de la République, Le Carrefour des Idées, dans un article ayant pour titre “Le Chacal de Rushubi” (commune dont le président est natif) l’insultait ainsi: “Sa laideur est phénoménale. Politiquement retors et fanatique, il incarne l’intégrisme ethnique le plus intransigeant. Son visage porte des stigmates d’une vie que la nature n’a pas gâtée”. Appelant à la liquidation de ce dernier, et en parodiant le psaume 109 du roi David, dans la même veine, le même journalpoursuivait : “Que ses enfants deviennent orphelins et sa femme veuve. Que ses enfants soient vagabonds et qu’ils mendient…”[9]

Utilisant la rhétorique d’un peuple hutu misérable, exploité depuis la nuit des temps par un peuple tutsi envahisseur et esclavagiste, les journaux hutu, créés en réplique à une presse de combat tutsi, rivalisaient d’imagination. Dans cet esprit, L’Eclaireur, du 8 juin 1994, publiait en deuxième page un dessin montrant une femme et deux hommes s’occupant des cultures. A côté, au loin, un gardien de vaches et un bureaucrate sont en train de travailler, tous deux protégés d’un militaire. Le souci du dessin était de reprendre la vieille distinction morphologique tant ressassée par les théoriciens des races au Burundi. Toujours selon Reporters Sans Frontière, les journaux “hutisants” exprimaient leur idéologie de façon allusive et subtile. Ils se servaient des métaphores et des caricatures facilement comprises par les couches populaires et rurales, en plus des versions en kirundi de leurs journaux[10]. Le Témoin, autre journal extrémiste hutu, dans son édition de septembre 1994, traitait de “malade mental” Mathias Hitimana président du PRP. Dans sa 6ème édition de septembre, une caricature montrait le chef d’état major de l’armée en compagnie du Ministre de l’intérieur en train de boire dans une cruche portant l’étiquette “sang hutu”. Dans la version en kirundi de ce journal “Témoin Nyabusorongo” le président Jean Baptiste Bagaza était brocardé transportant un grand fagot de fusils avec ce commentaire : “Ces fusils que Museveni vient de me donner, on verra de Ntibantunganya et moi, le plus fort”[11]. Le Miroir Nankana, dès sa première livraison, le 27 septembre de la même année, agrémentaient ses colonnes d’une conversation intime entre le député hutu de l’UPRONA François Ngeze et d’un autre membre de ce parti Madame Claudine Matuturu à l’époque Ministre de la Fonction publique. Les deux étaient également dessinés dans une posture frisant la pornographie. Le commentaire sans équivoque avertissait le lecteur, que le député de l’UPRONA François Ngeze était “un valet des tutsi de son parti ” et Matuturu “une pute”.

Dans le climat généralisé d’impunité où était tombé le pays depuis la tentative de putsch, une solidarité négative s’était ainsi manifestée entre la presse, les partis politiques et les milices. La presse dite “hutisante” n’hésitait pas à voler promptement au secours d’un Hutu appréhendé par la justice fort de l’argument selon lequel “la magistrature monoethnique tutsi est décidée à exterminer les cadres hutu”[12]. A contrario, un criminel tutsi arrêté pouvait compter sur la protection des ses amis extrémistes arguant que de toute façon, “même les génocidaires d’octobre 1993 courent toujours”.

La presse publique (audiovisuelle et écrite) n’échappa pas à cette politisation outrancière. Beaucoup de journalistes, habitués au monopartisme, avaient du mal à s’adapter au contexte pluraliste qui venait de s’installer. Pendant la campagne électorale, sous les directives du pouvoir UPRONA, ils avaient servi de relais de propagande aux candidats de ce parti. La victoire électorale du FRODEBU, était pour eux totalement inattendue. L’éclatement de la crise qui s’ensuivit quelques mois plus tard ne les épargna pas. La nouvelle direction (hutu) de la RTNB (La Radio Télévision Nationale du Burundi) tenta de compenser l’infériorité numérique des journalistes hutu au sein du service public par une forte censure sur les journalistes tutsi. Débordée, engluée dans des tiraillements permanents opposant un pouvoir de droit (majoritairement hutu) et un pouvoir de fait (à dominante tutsi), elle ne put cependant vaincre la domination de l’opinion tutsi. De plus, après la mise en place de la Convention du gouvernement, la Direction Générale de la RTNB retomba entre les mains de l’opposition tutsi. La RTNB fut ainsi le théâtre d’affrontements permanents, le camp des journalistes tutsi opposant une résistance féroce à l’autorité de tutelle restée entre les mains d’un ministre hutu. Le conflit atteint son paroxysme avec ce qu’on appellera plus tard “l’épuration du corps professionnel ”. Au cours de missions ou de séminaires organisés à l’étranger, nombre de journalistes hutu décideront de rester en exil : Stanislas Ndayishimiye, Celsius Nsengiyumva, Gervais Abayeho. Certains seront tués dans des conditions jamais élucidées: Alexis Bandyatuyaga, Pamphile Simbizi…Et d’autres décideront de quitter la RTNB, la pression devenant trop forte.

Les extrémistes hutu caressaient aussi le projet de lancer des stations de radios indépendantes également. Dans un pays de culture orale, la radio est un moyen puissant de mobilisation politique. A l’exemple des médias audio de la haine du Rwanda, les réfugiés extrémistes hutu lancèrent à partir du Kivu la Radio “Rutomorangingo”, prenant de vitesse le projet de l’UPRONA de lancer Radio Tanganyika, qui ne put jamais aboutir. Radio Rutomorangingo n’émettait qu’épisodiquement et restait difficilement audible, sauf sur les hauteurs, cependant, elle ressemblait à s’y méprendre à la sinistre RTLM (Radio des Mille Collines) du Rwanda.

Dans un tel contexte, l’Association Burundaise des Journalistes (ABJ) et surtout l’Association pour la promotion et la protection de la liberté de la presse (APPLE) étaient bien isolés dans leur combat en faveur “d’une presse responsable et consciente de ses devoirs ” et la restriction des libertés devint inévitable. C’est ainsi que RSF a dû se résigner à demander aux autorités burundaises de mettre en œuvre toutes les procédures prévues par la législation en vigueur pour interdire la publication et la distribution de six journaux considérés comme extrémistes. Loin de concourir à la formation de l’opinion publique et à son information générale, La Nation, La Balance, L’Aube de la Démocratie, Le Carrefour des Idées, L’Eclaireur, Le Miroir et Le Témoin contribuaient au contraire à entretenir un climat de haine par leurs appels répétés à la violence, sinon au meurtre. La même organisation dans ses recommandations attirait l’attention sur les dangers que faisait planer la “Radio Rutomorangingo” en citant l’exemple de la radio RTLM qui avait montré son pouvoir de destruction considérable[13]. La décision du Conseil National de la Communication de suspendre sept publications fut prise le 18 mars 1996[14]. Sur les sept, quatre avaient de toute façon déjà cesser de paraître pour des difficultés financières. 

Avec le putsch du 25 juillet 1996, le Burundi est passé d’un extrême à l’autre. La volonté de mettre fin aux appels à la haine ethnique et de préserver l’unité nationale et devenue le prétexte d’une censure permanente et surtout d’une manipulation systématique des médias publics en fonction de l’agenda politique du gouvernement.

 

 

B. L’obsession générale du contrôle politique

 

 

Le verrouillage de l’information est devenu patent dès la première évocation des discussions d’Arusha, en juillet 1996 - au moment du retour au pouvoir du président Pierre Buyoya - et par la suite, dès le début de ces pourparlers deux ans plus tard. L’Etat continue ainsi d’exercer une censure plus ou moins accrue sur les médias, soit en leur refusant l’information soit en interdisant la diffusion de celle-ci et dans des cas extrêmes, en saisissant les journaux. De manière générale, cette pression se ressent plus particulièrement sur les médias audiovisuels publics que sur la presse écrite. Selon la ligue Iteka “ la RTNB continue à censurer sans véritable règle de référence et souvent en tentant de moduler les programmes à ce qui paraîtra acceptable par le gouvernement, considéré comme ‘patron’ ou ‘propriétaire’ des médias publics ”[15]?. La censure peut se traduire par l’interdiction de diffuser une émission, prise par le responsable d’antenne, ou par la coupure d’une partie ou d’un groupe de phrases. Ceci est également valable pour les programmes provenant des collaborateurs extérieurs.

 

1. L’audiovisuel depuis 1996 : une censure par défaut.

 

 

Deux émissions co-produites par Studio Ijambo et la Ligue des Droits de l’Homme Iteka ont ainsi subi une censure totale et partielle : “ La participation des citoyens à la gestion des affaires publiques ” du23 septembre 1999 ; “ Sur le génocide : L’opinion d’une femme déplacée sur les responsabilités dans la crise ”le 28 octobre 1999. “ La protection des populations civiles dans les zones de conflit ”, a été amputée de quelques secondes, le 30 septembre 1999.

Au cours de la seule année 1999, six programmes produits par le Studio Ijambo diffusés à la RTNB ont été partiellement ou totalement censurés : “ Les dissensions au sein du parti FRODEBU auront-elles un impact sur le processus de paix en cours ? ”Entièrement censurée le 15 juin 1999. Il lui est reproché de servir de tribune à un parti. Seuls les leaders du FRODEBU y interviennent avec un seul membre du gouvernement qui intervient à la fin. Une semaine plus tard, le programme sur l’association “ Survie ” des veuves de militaires est censurée entièrement, pour avoir “fait la part belle ” à la rébellion armée. Une Table ronde organisée par ce Studio sur le processus de paix, avec l’ancien chef de cabinet militaire du Président de la République (l’actuel Ministre de la Défense), Jean Minani, Président du FRODEBU, Mathias Hitimana, Président du PRP et Libère Bararunyeretse du parti UPRONA (aile pro-gouvernementale), est entièrement censurée le 24 juillet 1999, parce que “sujet jugé trop sensible ”. Le 25 mai 1999 : Les propos de Jean Minani, président du FRODEBU , “la réunion de Moshi est arrivée à des conclusions que je ne peux rendre publiques ”, dans une émission Express, sont coupées. Le 19 juin 1999, les passages sur l’utilisation des enfants dans les conflits armés, avec les témoignages des enfants utilisés dans la guerre et les statistiques s’y afférent, sont amputés du reste de l’émission diffusée. L’émission du 23 octobre 1999, sur “ce que les burundais pensent du décès de Julius Nyerere, médiateur dans le conflit burundais, est également amputée du message d’une personne qui se réjouissait de son décès. L’agent de la RTNB ayant jugé qu’il n’était pas décent de se réjouir de la mort d’une personne, quoi qu’on pense d’elle[17].

Récemment, on a pu néanmoins constater une évolution sur les ondes de la RTNB. Des émissions comme “ Focus ” diffusée le vendredi soir à la télévision font preuve d’un courage trop rare. Les leaders politiques de tout bord (sauf le PARENA et les autres extrémistes tutsi qui semblent avoir été invités plusieurs fois et refuser d’y participer), y sont interpellés par les auditeurs et s’expliquent sur des sujets aussi sensibles que le génocide, l’accord de paix, ou la réforme de l’armée. Désormais, les responsables d’écoute de la RTNB ; sujets à d’incessants rappels à l’ordre parfois contradictoires émanants du ministère de tutelle ; expliquent et discutent, plus que par le passé, les coupures et les censures avant de les exécuter.

Néanmoins, les journalistes s’accordent aujourd’hui à dire qu’ils sont toujours astreints à une autocensure inconsciente et tacite. Comment savoir si la diffusion d’une nouvelle ne va pas jeter l’étincelle sur une situation aussi tendue ? Peut-on faire état du bilan des affrontements où l’armée a eu des pertes importantes ? Peut-on faire réagir la rébellion ou l’opposition sur une déclaration d’un porte-parole de l’armée ou du gouvernement[18] ? Ainsi, le journaliste d’un média d’Etat se retrouve seul dans le dilemme avec sa conscience de burundais évoluant et vivant dans son propre milieu sociopolitique et celle de sa profession.

 

2. La presse écrite toujours militante

 

Sur les 40 titres de journaux qui paraissaient entre août 1991 et juin 1996, mis à part Le Renouveau quotidien gouvernemental et le journal de l’Eglise catholique Ndongozi, très peu parviennent aujourd’hui à assurer une parution régulière. Depuis 1999, treize titres agréés par le Conseil National de Communication, n’ont, pour la plupart, jamais pu sortir un seul numéro et d’autres ont publié une seule fois pour ne plus réapparaître à la surface[19].

Moins d’une dizaine de journaux d’opinion se partage le lectorat et paraissent de façon irrégulière, tirant pour quelques centaines d’exemplaires. Il s’agit de la Lumière, la Vérité, l’Avenir et le Patriote que l’on trouve plus fréquemment dans les kiosques. Ces titres regroupent les différentes sensibilités politiques du pays: 

§La Lumière : Ce journal est un bimensuel né en septembre 1999 après la suspension du journal L’Aube de la Démocratie organe officiel du parti FRODEBU. Pancrace Cimpaye député du parti FRODEBU, en est le directeur de publication. Ce titre reflète les positions officielles du FRODEBU dit “aile Minani”. Sa ligne éditoriale est “ le changement de l’ordre politique et social ”. La suspension de l’Aube de la démocratie est intervenue suite à la parution des numéros 62 et 63 datés du 1er au 15 juin portant deux noms de directeurs de publication différents : Pancrace Cimpaye du FRODEBU (aile Jean Minani) et Christian Nkurunziza du FRODEBU (aile Augustin Nzojibwami). Dans ce conflit, ces deux ailes rivales avaient tenté de reprendre à leur compte la publication de L’Aube de la Démocratie. Le Conseil National de la Communication a décidé de suspendre provisoirement cette publication le 16 juin 1999 après avoir constaté que la direction du FRODEBU, elle-même divisée, ne réussissait plus à s’entendre sur un seul directeur de publication. Une correspondance[20] du 18 juillet 1999 signée à Arusha par Jean Minani, président du FRODEBU et désignant “l’Honorable Pancrace Cimpaye” comme directeur des publications du Journal L’Aube de la Démocratie répondait ainsi à une décision[21] du 22 mars 1999 d’Augustin Nzojibwami nommant “l’Honorable Christian Nkurunziza” directeur des publications du même journal. 

§La Vérité : bimensuel né en mai 1999, il affiche une position proche du parti PARENA de l’ancien président Jean-Baptiste Bagaza. Alternant les thèses du radicalisme tutsi au style incendiaire, ce journal a été frappé d’une suspension, par le Conseil National de la Communication de deux mois après la publication n° 16 du 14 octobre 1999. Ce numéro contenait deux articles réprouvés :l’un accusait le Nonce Apostolique et trois Prélats burundais de “ financer, conseiller et bénir les actes des génocidaires” et l’autre traitait de “mauviettes” les Tutsi qui participent aux négociations paix d’Arusha en Tanzanie. Le Conseil avait motivé sa décision de suspendre pour deux mois ce journal en mentionnant ses “ accusations sans preuves et insultes graves contre des personnes physiques et morales ” et le “ caractère haineux et le tribalisme primaire des propos tenus à l’endroit du Nonce Apostolique, des Evêques de l’Eglise Catholique et de certains burundais délégués aux négociations de paix d’Arusha ”. Le Conseil estimait aussi que ces insinuations pouvaient porter atteinte à la vie privée, la sécurité et la tranquillité des personnes[22]. Trouvant cette mesure arbitraire, Jean-Marie Bizimana, directeur des publications de ce journal, l’a imputée aux pressions du pouvoir qu’aurait subi le CNC[23]. Ce directeur des publications, qui a 17 plaintes pendantes contre lui, est un ancien responsable du journal La Nation qui avait été suspendu en mars 1996. Il avait été emprisonné en janvier de la même année. 

§L’Avenir : lancé en juillet 1997, est un hebdomadaire d’information et d’analyse à parution irrégulière. Plusieurs journalistes de la presse publique collaborent à ce journal. Suspect des sympathies pro-gouvernementales, ce journal du centre se veut nationaliste. Même si sa régularité est sujette à caution, “ ce journal est le seul vraiment privé qui continue de paraître”[24]. Ayant changé son appellation en “L’Avenir de la Nation”, il fut suspendu sur ordre du CNC, en raison du risque de confusion avec “La Nation”, une publication qui a cessé de paraître en 1996, sur interdiction du CNC de l’époque. Le journal a fini par garder son titre initial.

§Le Patriote : créé début 1994, ce bimensuel a d’entrée de jeu annoncé la couleur : opposition haineuse et viscérale contre le parti FRODEBU et tout ce qui lui est apparenté. De sa création à son interruption en février 1996, dix plaintes ont été enregistrées au parquet de la république à Bujumbura et son directeur Athanase Boyi avait déjà comparu plusieurs fois devant le tribunal de grande instance[25]. Du 10 au 17 février 1999, ce responsable a été arrêté et emprisonné “ pour outrage à magistrat ” et son journal a été suspendu suite à ce que le CNC considérait comme “ publication outrageante d’un article dans le n° 58 du 01/02/99 contenant des affirmations et des insinuations malveillantes à caractère tribaliste à l’endroit du Procureur Général de la République ”. Le CNC n’a pas manqué d’observer dans son dernier rapport, que la tendance de ce journal dans la sélection et le traitement des informations était dirigée de manière obsessionnelle contre l’ethnie hutu, historiquement culpabilisée, avec parfois des affirmations gratuites et des condamnations sans appel[26].

3. La presse parlée, plus libre

 

Un bon nombre de radios privées ont eu également l’autorisation d’émettre : il s’agit de Radio Umwizero (de l’Association pour l’Action Humanitaire) en 1995, Radio Culture (de l’honorable Frédéric Ngenzebuhoro, chef du groupe UPRONA à l’Assemblée nationale) et la Radio CCIB-FM+ (de la Chambre de commerce). Deux studios de production de magazines collaborent avec les différentes radios. Studio Ijambo(qui existe depuis 1995) financé par l’ONG américaine, Search for Common Ground, diffuse des programmes sociaux visant la réconciliation sur la RTNB, la Radio Kwizera de Ngara (en Tanzanie) et la Voix d’Amérique. Le Trans World Radio-Burundi protestante, rattaché au réseau Trans World Radio, produit des programmes éducatifs sur le bien-être de la population, la réconciliation nationale et l’évangélisation, qui sont diffusés à la radio nationale du Burundi. A côté de l’Agence Burundaise de Presse (ABP) propriété de l’Etat avec des correspondants dans toutes les provinces du pays, Net Press et Azania, issues d’initiatives personnelles, utilisent le fax et le courrier électronique comme moyen de diffusion des nouvelles. Leur confrère Press Club a disparu suite à des tracasseries des services de la documentation.

 

 

C. Des politiques publiques d’information et de communication déficientes.

 

 

Dans le contexte de censure généralisé que connaît le pays depuis 1996, l’exigence de liberté formulée par Nelson Mandela est incontestable. On ne peut pas vouloir les négociations sans débat, un accord de paix durable sans que la population entière en ait compris les enjeux ni de démocratisation sans informer les citoyens-électeurs. Cependant, elle ne prend pas en compte les déficiences structurelles du secteur médiatique. D’autres facteurs sont à prendre en compte, notamment le dénuement économique dramatique de la population et l’héritage de trente ans de monopartisme, qui a laissé au pays un espace public totalement atrophié. 

 

 

 

1. Un encadrement juridique inadapté

 

 

La liberté de la presse au Burundi est régie par le décret-loi du 21 mars 1997, promulgué dans la foulée d’une série d’actes et de mesures de “restauration de l’ordre public et de l’autorité de l’Etat” pris par le pouvoir issu du coup d’Etat de juillet 1996[27]. Ce décret est l’ultime encadrement de 20 ans de mesures juridiques répressives, qui s’étaient relativement assouplies avec le processus de démocratisation, mais sans donner aux journalistes une totale liberté d’action.

La reconversion du “ journaliste-patriote ” régi par la loi du 25 juin 1976 en journaliste libre et indépendant n’était pas acquise par les modifications des textes apportées en 1992. Le premier avait pour mission “de présenter des informations objectives (…) inséparables de l’éducation, de la formation civique des Barundi et de la mobilisation des masses pour la réalisation des plans gouvernementaux” (Art 2). Sa marge de manœuvre était réduite par les limites de l’article 6 qui stipulait également : “les journalistes burundais doivent toujours œuvrer en patriotes convaincus et conscients des idéaux du parti, seul organe responsable de la vie nationale”.

Il faudra attendre la loi de du 4 février 1992 qui abolit dans les textes légaux le devoir du journaliste de servir l’Etat ou le parti unique et qui précise que : “ la presse accomplit une mission publique” (art.3). Dans la foulée de la Constitution de 1992 instaurant le multipartisme, une nouvelle loi sur la presse est promulguée le 26 novembre 1992 et innove singulièrement par rapport aux précédentes : “tout journaliste a la liberté d’exprimer ses opinions par la voie de la presse et celle de rechercher, de recevoir et de communiquer des informations de quelque nature que ce soit” (art.4). Néanmoins, cette libéralisation a ses limites. Ni l’autorisation de paraître ou d’émettre (accordée désormais par le Conseil National de la Communication) ni le dépôt légal auprès du ministère de la Communication, le dépôt administratif et le dépôt judiciaire, n’ont disparu, la loi prenant soin de préciser la durée même de ce dépôt légal (quatre heures avant la distribution pour les quotidiens et 24 heures pour les autres publications)[28]

De même, dans l’exercice quotidien de son activité, le journaliste œuvrant au Burundi doit s’abstenir de publier ou de diffuser toute information susceptible de porter atteinte à : “ l’unité nationale, l’ordre et à la sécurité publique, la moralité et les bonnes mœurs, l’honneur et à la dignité humaine, la souveraineté nationale, la paix et à la tranquillité des citoyens, la coopération avec les autres Etats, l’obligation de travailler pour le développement ”. Sur un autre registre, toute information en rapport avec les secrets de la défense nationale, ceux de la politique extérieure, ceux de la monnaie et du crédit public, ceux de la sûreté de l’Etat et de la Sécurité publique, le secret des délibérations du Gouvernement et des autorités relevant du pouvoir exécutif et le secret de la vie privée, des dossiers personnels et médicaux, sont interdites de diffusion ( loi du 26 novembre 1992). 

Le décret-loi du 21 mars 1997 se distingue essentiellement du précédent dans la définition des délits de presse. Comme le souligne la ligue Iteka, le régime des sanctions infligées aux coupables de délits de presse se durcit considérablement. Les contrevenants peuvent encourir des peines allant de 6 mois à 5 ans d’emprisonnement assortis d’amendes de 50 000 Fbu à 100 000 Fbu contre des peines de deux mois au plus ou des amendes de 5 000 Fbu précédemment[29]. Ce durcissement et ce renforcement de la législation régissant les délits de presse ne sont pas négatifs en eux-mêmes. Après les excès des années 1994-1995, toute incitation à la violence, diffamation ou appel à la haine ethnique doit être fermement sanctionné. Le problème est plutôt l’application stricte de cette loi par un système judiciaire complaisant ou politisé. Toutefois, le maintien d’un dépôt légal contraignant est le signe le plus explicite de la volonté de censure du nouveau régime. Au lieu de faire confiance à la justice qui peut-être saisie en cas de délit, le gouvernement s’attribue à nouveau des prérogatives qui témoignent de son manque d’ouverture en matière de liberté d’expression et lui permettent d’empêcher sans aucun recours la publication de tout article lui déplaisant. Enfin, comme le souligne également la ligue Iteka, le texte de loi ignore la question du statut des médias publics et plus particulièrement celui de la RTNB maintenue sous tutelle par un décret séparé vieux de dix ans[30].

Au total le problème majeur que rencontre la liberté d’expression au Burundi est moins son encadrement juridique prohibitif, que l’incapacité du gouvernement à accepter la naissance d’un espace public pluraliste et ses exigences. Alors que le pays a besoin d’une politique de communication et d’information volontariste, soutenant le processus de paix et favorisant la réconciliation nationale, l’espace public burundais reste atrophié. Son environnement institutionnel n’est pas adapté aux besoins du pays, et aucun débat constructif ne peut éclore, susceptible d’encourager le respect et la tolérance mutuelle. 

 

2. Un espace public atrophié

 

La Constitution de 1992 prévoyait dans ses textes la création d’une autorité indépendante destinée à réguler les relations entre les médias publics et privés et le gouvernement. Le Conseil National De la Communication fut ainsi créé fin 1992 avec pour objectif de protéger les médias contre les abus du pouvoir et d’éviter tout dérapage. Il faillit cependant lamentablement dans ces deux tâches faute de moyens et de volonté politique. La maison de la presse créée en janvier 1997 sur financement UNESCO pour promouvoir la liberté de la presse est ainsi la seule institution vouée à l’amélioration de l’environnement médiatique national. Cette absence de politique de soutien au secteur de l’information et de la communication est symptomatique de l’état d’esprit des dirigeants du pays, alors que celui-ci fait face à des besoins immenses.

 

a. Une régulation sans crédibilité

Conçu comme un organe de régulation entre les médias et le pouvoir, le CNC doit veiller à la liberté de la communication audiovisuelle et écrite, dispose d’un pouvoir décisionnel en matière de la liberté de presse, et d’un rôle consultatif auprès du gouvernement[31]. Le CNC prend ainsi des mesures visant à garantir le respect de la loi par les médias publics et privés, et donne des avis au gouvernement, soit sur saisine soit de sa propre initiative. Composé de 17 membres nommés par décret présidentiel, le CNC a toujours pâti de ce manque d’indépendance et d’un défaut de crédibilité. Ses membres, nommés par Pierre Buyoya en 1992, représentaient les différentes sensibilités politiques du pays. Cependant, cette représentation des différents partis au sein du conseil a plus contribué à miner son autorité qu’à la renforcer. La dégradation de la situation politique nationale a provoqué une paralysie de son action systématiquement contestée de tout bord. La suspension de “ Net Press ” par les services de la Documentation ou l’imposition stricte que subissait le journal “l’Aube de la Démocratie ” de faire lire ses maquettes avant impression illustre la récurrence de l’immixtion de l’autorité dans l’exercice de l’activité d’informer au grand dam du CNC.Depuis le putsch, le CNC est accusé d’être l’instrument du nouveau régime. Au sein de la nouvelle équipe mise en place depuis le 19 août 1998, ne figure aucun des propriétaires des radiotélévisions ou des éditeurs de journaux privés[32].

Par ailleurs, le CNC a toujours pâti d’un manque crucial de moyens. Aucune partie du budget de l’Etat ne lui a jamais été spécifiquement attribuée depuis 1992 et il a fallu attendre octobre 1998, pour qu’il dispose de son premier cadre permanent[33]. Mais le problème majeur du CNC reste son manque d’autorité sur les services de la RTNB. Pouvant intervenir en cas de dérapage de la presse privée tant audiovisuelle qu’écrite, le CNC n’exerce aucune autorité sur la presse d’Etat. Pourtant la création de ce conseil répondait justement au besoin d’éviter que le gouvernement n’ait la mainmise sur les médias. Dans le débat soulevé sur le problème d’accès aux médias publics et sur leur l’utilisation par les partis politiques, le CNC estime qu’il est de son ressort de trancher. Mais le gouvernement n’entend pas lui céder la moindre parcelle de son autorité[34]

Même si les partis politiques et certaines institutions publiques ; notamment le Parlement ; ont l’habitude, selon le Conseil, de dénoncer la discrimination qu’ils subissent en ayant recours aux médias électroniques (UPRONA (aile Mukasi) et PA Amasekanya à travers Net Press ; FRODEBU (aile Minani) et le Parlement à travers Burundi-Bureau) et aux différentes stations de radio internationales captées au Burundi (RFI en français, BBC et VOA en Kirundi), cette situation est totalement insatisfaisante. Le fait même que les partis ignorent le CNC est significatif de son manque de crédibilité dans le pays. Il ne peut donc jouer le rôle qui lui est dévolu par la Constitution de 1992 et les textes de lois subséquents. Alors que le mandat de l’équipe actuelle touche à sa fin au mois d’août 2000, il est essentiel que son renouvellement corresponde à une rupture avec les pratiques qui ont prévalu jusqu’à présent.

 

 

b.  Un lectorat restreint et des moyens insuffisants face à la nécessité d’informer 

 

Plus de quatre-vingt-dix pour cent de la population burundaise vit aujourd’hui en zone rurale. Les taux de scolarisation sont évalués à 59% de la population pour le primaire, 10% pour le secondaire et 2% pour le supérieur, sans considération des groupes réfugiés et déplacés. On estime généralement le nombre d’individus disposant du pouvoir d’achat suffisant pour acheter quotidiennement un journal à 2000 maximum. Même les étudiants de l’Université nationale, ou les fonctionnaires de l’Etat qui ont un niveau d’éducation suffisant pour lire quotidiennement la presse, n’en auraient pas les moyens financiers[35]. Le prix de vente moyen des journaux à Bujumbura est actuellement de 500 Fbu. Une lecture mensuelle régulière représenterait 10% du salaire d’un instituteur ou de la bourse d’un étudiant d’université. Cette situation économique catastrophique rend le financement de publications indépendantes totalement impossible. Il n’existe en effet aucun marché publicitaire viable susceptible de se substituer aux recettes des ventes et de permettre la prospérité des journaux. Les seuls titres publiés sont donc nécessairement des publications partisanes financées à perte pour assurer la diffusion d’un message politique. 

La seule institution vouée au soutien de la liberté d’expression est la Maison de la Presse. Conçue dès sa création en janvier 1997 comme un centre de communication entre la presse et le public, la Maison de la Presse inclut dans ses objectifs la promotion de la solidarité entre les journalistes en encourageant les rencontres régulières de discussions et débats. Méfiants au départ, certains journalistes comme ceux de “l’Aube de la Démocratie ” se mêlent désormais avec leurs confrères de la presse publique et privée et y rédigent aussi leurs articles. La Maison de la Presse met à la disposition des différents médias écrits, les outils informatiques de saisie et de préparation de la maquette avant impression. Elle organise également des cycles de formation et de perfectionnement des journalistes à travers des séminaires financés par l’Unesco.

Grâce à l’acquisition récente d’un bâtiment sur financement du gouvernement, la Maison de la Presse cherche à atteindre son autonomie et son indépendance en suscitant chez les professionnels des médias une prise de conscience de leur intérêt à consentir des souscriptions[36]. Elle initie ainsi des activités génératrices de revenus: location de la salle de conférence, saisie des documents, etc. En collaboration avec l’Association Burundaise des journalistes (ABJ), la Maison de la Presse pense mettre sur pied un observatoire de la liberté de la presse et de l’éthique qui permettra la gestion des délits de presse et l’établissement d’une structure de sanction contre les professionnels des médias par leurs pairs. 

Quels que soient ses efforts, la Maison de la presse ne peut subvenir au besoin des journaux indépendants et ainsi participer à combler le vide d’information sur le processus de paix. Une politique volontariste du gouvernement est indispensable. Or, jusqu’à présent, les médias publics sont restés soumis aux aléas de son implication en la matière. Ceci s’est notamment observé tout au long de négociations. 

3. Les négociations d’Arusha : une gestion incertaine de la communication

Quand les négociations d’Arusha se sont révélées incontournables, du fait de la ténacité du médiateur de l’époque, Julius Nyerere, et du soutien de la région, et tant que le gouvernement pensait pouvoir obtenir rapidement la levée de l’embargo, les négociations ont bénéficié d’une couverture importante à la RTNB, après des mois de condamnations virulentes. Dès que le gouvernement comprit qu’il ne pourrait obtenir la levée rapide de l’embargo, la bienveillance de la RTNB à l’égard des négociations d’Arusha disparut et laissa la place à une couverture privilégiée des séminaires et initiatives organisées dans le cadre du débat interne. Par la suite, il fallut attendre que les frais de séjour des reporters de la presse publique soient pris en charge par le PNUD, pour que la couverture des négociations d’Arusha réapparaisse sur les antennes de la RTNB. De son côté, privée de moyens tant logistiques qu’humains, la presse écrite privée est restée absente de cette arène si ce n’est à travers la couverture que leur offraient les journaux des différents partis politiques. 

Ainsi, les contradictions et les tensions de la politique du gouvernement sont apparues dans sa manière de gérer l’opinion publique depuis 1996 ainsi que dans sa façon de mobiliser sa base politique vis-à-vis de sa politique de négociations depuis 1998.D’un côté, l’évolution des mentalités depuis 1996 est énorme et le crédit en revient au président Buyoya.L’opinion de la capitale a beaucoup évolué depuis son retour au pouvoir en 1996, de même que le langage politique.Le gouvernement a réussi à vendre l’idée de “ négociations ”, un mot qui provoquait des réactions violentes et haineuses en 1996. D’un autre côté, la politique de communication du gouvernement reste ambiguë.Selon les mots d’un fonctionnaire du gouvernement, “ tant qu’on n’avait pas de garantie que le processus d’Arusha produirait quelque chose, on ne pouvait vendre que le principe des négociations et pas sa substance ”[37].Souvent, le président a répété qu’aucun accord ne sera imposé de l’extérieur, que l’opinion devait être “ prête ” pour éviter le scénario à la rwandaise d’une faction extrémiste refusant les accords d’Arusha en 1993. Mais dans les faits, si la politique de communication du gouvernement a réussi à limiter les incitations à la haine dans les médias, elle n’a pas activement préparé les esprits à un accord négocié. L’argument avancé pour justifier la censure est que les médias deviennent des tribunes pour des discours de subversion contre les négociations, de propagande ethnique et d’humiliation de l’adversaire. Toutefois, la communication gouvernementale n’a pas été efficace pour préparer les esprits à comprendre et accepter le contenu d’un accord de paix. Il y a bien eu des débats et tables rondes organisés par le gouvernement dans tout le pays, le fameux “ débat national ”, au cours duquel les gens se sont exprimés librement.Mais ni la liberté d’expression ni les résultats de ces débats n’ont été transposés aux médias ni restitués à la population. Beaucoup de Burundais se plaignent qu’éviter la subversion ne constitue pas une politique de communication active et reprochent au gouvernement soit de les infantiliser soit de ne pas accepter le débat, comme si la vision du gouvernement devait être imposée coûte que coûte. Les médias sont tellement censurés que leur pédagogie n’est pas considérée comme crédible ou rassurante. 

Cette politique a plusieurs conséquences très coûteuses pour le processus de paix : d’abord, si les gens ne sont pas véritablement informés ni consultés sur ces négociations, ils tendent à croire que les négociations d’Arusha sont un jeu, que le pouvoir n’y croit pas vraiment et que donc elles n’ont aucune crédibilité.A chaque retour d’Arusha, les délégations semblaient avoir peur d’assumer et de restituer les débats tenus, craignant d’être qualifiées de “ traîtres ” par leur communauté respective.Deuxième conséquence : dans un contexte où il y a recrudescence de la violence et, en même temps, où les négociations ne produisent encore aucun dividende concret, la censure gouvernementale est vécue comme une répression et une non-prise en compte du problème d’insécurité, ce qui accroît le sentiment de la population que les politiciens négocient un partage de pouvoir sans considération pour la protection de la population. Peu d’efforts sont faits pour communiquer et expliquer la nécessité d’un nouvel ordre politique et social (et les bénéfices qui en découlent) ni pour dissiper les peurs des communautés par rapport à ce changement que doit amener un accord de paix. En d’autres mots, le pouvoir impose ces négociations sans rassurer ni éduquer les gens, qui sont laissés à eux-mêmes et risquent de se renfermer dans des ghettos idéologiques. Les négociations sont un slogan vide, sans contenu sans vision claire qui permette à chacun de se situer dans l’avenir.Les Tutsi craignent en particulier un “ remake ” de 1993 où Buyoya est allé aux élections en promettant la victoire et a tout perdu.Cette fois il veut aller auxnégociations mais ni la vision de l’avenir ni les bénéfices immédiats ne rassurent les Tutsi.Les Hutu voient que Buyoya promet un changement comme en 1993 mais qu’il va s’accrocher au pouvoir encore une fois, faussant ainsi le jeu des négociations[38]. Au bout du compte, malgré le changement notable d’état d’esprit vis-à-vis des négociations, la classe politique burundaise dans son ensemble reste obsédée par le contrôle politique des médias.

D. Conclusion

Cette analyse des médias burundais et de leur rôle dans la vie publique pose un certain nombre de questions sur leur nature et leur mission. Le cadre juridique contraignant et une censure omniprésente n’ont pas permis au journaliste de satisfaire les attentes de l’auditeur-lecteur. En ce qui concerne les médias audiovisuels publics :  “  les auditeurs estiment que la communication n’est pas libre, et pour cette raison, ils ne sont pas attirés par une information apparemment censurée à outrance et dénuée de sa substance. Ceci explique l’envoûtement de la population pour les radios étrangères, plus libres et plus informatives ”[39]. Valable aussi pour la télévision, la désaffection du public s’explique également par son caractère anachronique. Quant au journal “le Renouveau ” le quotidien gouvernemental, beaucoup soulignent qu’il n’intéresse le public qu’en raison des annonces et publicités ”[40].

Tout ceci est la conséquence de “la peur d’informer l’opinion publique ” réflexe d’un Etat paternaliste. Le processusd’Arusha en est l’illustration. D’un côté, la censure a réussi à limiter les incitations à la haine dans les médias et à les empêcher qu’ils deviennent des tribunes de subversion contre les négociations, de propagande ethnique et d’humiliation de l’adversaire. Mais de l’autre, la politique de communication de l’Etat n’a pas activement préparé les esprits à un accord négocié ou à comprendre et en accepter le contenu[41].

Le bilan décennal des activités médiatiques au Burundi est sans aucun doute la prise de conscience de la nécessité d’un apprentissage de la gestion de l’information au service du public. Les tares de l’héritage de 30 ans de gestion monopartiste de l’information continuent de rythmer la vie de l’espace médiatique. Ceci est aussi valable pour la presse publique placée sous la férule de l’autorité politique que pour la presse privée. En 1993, le pouvoir n’a pas réussi sa mue, nécessaire pour garantir les conditions de l’indépendance d’une presse d’Etat, au service du public et du citoyen, avec l’avènement du pluralisme démocratique. Sans cadre et sans moyens, la mise en place et les dérapages d’une presse privée libre mais irresponsable ont justifié l’intervention et les abus observés jusqu’ici. La crise politique déclenchée le 21 octobre 1993 avec l’assassinat du président Melchior Ndadaye, suivis des massacres à caractère ethnique à grande échelle, a aggravé le fossé socio-ethnique au Burundi sans épargner le paysage médiatique. Le journaliste s’est promptement placé au service du politicien et a fait de sa profession une arme. Le journalisme de haine et “pousse au crime ” tant à l’antenne que sur le support-papier a aussi une part de responsabilité non négligeable dans le conflit qui déchire le pays depuis sept ans.

La conséquence de tout ceci est la non-émergence de la culture du débat contradictoire et tolérant dans une société où la violence a pris une part trop importante dans la résolution des conflits. Si une politique volontariste n’est pas mise en place pour inverser cette tendance, le processus de paix ne pourra jamais s’imposer comme une alternative crédible et souhaitable à la violence. La presse aura ainsi un rôle prépondérant à jouer dans la préparation des esprits à accueillir les termes de l’accord de paix et dans l’accompagnement de la transition qui le suivra.

 

[1] Reporters sans Frontières, “  Burundi : le Venin de la Haine. Etude sur les médias extrémistes”, Paris, 1995, p. 7.
[2] Ibidem.
[3] Entretien ICG avec un ancien responsable de l’Ecole de Journalisme du Burundi, Bujumbura, 05/05/2000.
[4] Reporters Sans Frontières, Rapport Burundi, août 93, p. 21.
[5] Ibidem.
[6] Ibidem, p. 32.
[7] Cité par RSF, Ibidem.
[8] Cité par RSF, “ Burundi : le venin de la haine ”, op. cité, p. 61.
[9] Sylvestre Ntibantunganya avait perdu sa femme, tuée par les militaires venus le chercher dans la nuit du 20 au 21 octobre 1993.
[10]RSF, “ Burundi : le venin de la haine ”, op. cité.
[11] Ibidem.
[12] Ibidem.
[13] Ibidem.
[14] APPLE, Guide de la Presse Burundaise, 1996.
[15] Ligue Burundaise des Droits de l’Homme-Iteka, “ Aux confins de l’espoir ou du désespoir, le Burundi à la croisée des chemins ”, Rapport annuel sur les Droits de l’Homme, Bujumbura, avril 2000.
[17] Ibid., pp. 35-36.
[18] Entretien ICG avec des journalistes durant la semaine de la liberté de la presse de mai 2000.
[19] Rapport d’Activités 1998-1999 du Conseil National de la Communication, mimeo.
[20] Réf. No 700/86/0018/Cab/99 & Déc. No 7OO/86/004/S.G/99.
[21] Cf. note 19.
[22] CNC, Rapport d’Activités (1998-1999).
[23] Entretien ICG avec le responsable de ce journal, Bujumbura, 08/05/2000.
[24] Afrique Centrale, Des Médias pour la Démocratie, par l’Institut Panos, 2000.
[25] APPLE, Guide de la Presse Burundaise, 1996.
[26] CNC, Rapport d’Activités (1998-1999).
[27] Ligue des Droits de l’Homme -Iteka, Rapport Annuel sur les Droits de l’Homme au Burundi, Edition 1999.
[28] Reporters Sans Frontières, Rapport sur le Burundi, août 1993.
[29] Ligue Burundaise des Droits de l’Homme-Iteka, Bulletin d’information n°25-27, janvier mars 1997.
[30] Ibidem, p. 27.
[31] Cf. Art. 26 de la Constitution de Mars 1992, et art. 159, 160, 161 de l’Acte constitutionnel de Transition, juin 1998.
[32], Institut Panos, “ Afrique Centrale, Des Médias pour la Démocratie ”, mars 2000.
[33] Ligue Burundaise des Droits de l’Homme-Iteka, “ le Burundi à la croisée des chemins ”, Bujumbura, avril 2000, p. 31.
[34] Entretien ICG avec un représentant du CNC, 05/05/2000.
[35] Entretien ICG avec un représentant de la RTNB, le 03/05/2000.
[36] Entretien ICG avec un représentant de la Maison de la presse , le 04/05/ 2000.
[37] Interview d’un haut responsable burundais, septembre 1999.
[38] Cf. ICG, “ L’effet Mandela ”, op. Cité, pp. 59 et suivantes.
[39] Evaluation de la Consommation de l’Information, Rapport Final de l’Enquête sur la communication à travers les médias publics. mars 2000, p. 79.
[40] Ibidem.
[41] Cf. Le Rapport ICG, “ L’Effet Mandela, op. cité, p. 59.