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T E M O I G N A G E

 


Politique intéieure

 

Kibimba

Nouvel Auschwitz ou l’Aushwitz burundais

 

Photos d'archive du Journal "Le Citoyen" prises à  Bubu (Kibimbaà en novembre 1993

 

En se rendant à Kibimba d’après la tragique nuit du 21 octobre 1993, en regardant les cadavres soigneusement calcinés des jeunes élèves du désormais célèbre Lycée de la Mort qu’est Kibimba, en s’entretenant avec les rescapés du même mouroir , on s’évanouit dans des pleurs et on vit étrangement le sort de Moritz, Roman du célèbre Virgil Georghiu, La vingt cinquième heure ; on sombre dans les mêmes souffrances que dans Au nom de tous les miens de Martin GRAY. On souffre avec les juifs du film : De Nuremberg à Nuremberg.  Bref, on souffre avec toutes les victimes du nazisme hitlérien , surtout les juifs, les Tziganes et les Slaves.

 

  Oui, Kibimba est désormais le symbole burundais d’Auschwitz. On y a vu le spectre d’Hitler, d’Himmler, de Goering ;…, on y a vu aussi les chambres à gaz. Bref, on y a vu le comble de la crapulerie et du macabre ; un véritable crime contre l’humanité au même titre que les Himmler, H. Frik., R.Hess, A. Rosenberg. J. Von Ribbentrop,…

 

En effet, Firmat Niyonkenguruka , Directeur du Lycée de Kibimba est un monstre humain au regard de ce qu’il a fait. C’est un véritable boucher de Kibimba. En écoutant les rescapés de four crématoire de Kibimba, on est scandalisé par ce qu’il convient d’appeler crime contre l’humanité .

 

Des corps calcinés qui parlent

 

 

  De ceux que nous avons rencontrés figurent les corps calcinés encore vivant. Ainsi nous parle d’un ton désespéré Dieudonné Ndayiziga, élève en 3 ème scientifique : « le directeur a tenté de nous empêcher de fuir en nous tranquillisant en disant : on ne cherche que de professeur Tutsi parce qu ‘on a arrêté « Le Grand Muhutu », entendez par là Ndadaye, et on veut arrêter les intellectuels Tutsi. Si on le tue, on les tuera eux aussi ; si  on le lâche, on les lâchera eux aussi ». Cela a été dit à 11heures 30’ après que les élèves aient remarqué que leurs professeurs : Prudence (+), Phocas, (+) et Prosper (encore en vie) aient été arrêtés par les criminels ».

 

Un autre interlocuteur, le jeune Alexis Kanjeri rescapé du justesse du bûcher de Kibimba , nous rapporte la suite des événements, comment à commencé le calvaire dès 13 heures quand les élèves vont tenter de fuir tandis que leurs collègues Hutu préalablement avertis sont restés à l’école sans s’inquiéter. Vingt minutes de négociation entre les élèves fuyant et les bandes des « Sans Culottes » opérant soigneusement sur indication du criminel directeur , le boucher Firmat Niyonkenguruka ont suffi pour que le pire arrive.

 

Le massacre a alors commencé. D ‘innocents élèves savamment massacrés parce que leur faute est d’être nés Tutsi et non de l’ethnie du directeur neo-nazi. D’après Alexis Kanjenje, les bouchers de Kibimba prendront le soin de conduire ces agneaux-élèves chez le loup directeur pour qu’il sélectionne sans erreur ses « semblables ». Ainsi, il dira : « genda muturirwe, mwebwe nti muri abanje » (allez au bûcher, vous n’êtes pas les miens ».

 

Dix heures de combat contre l’autodafé

 

 

  Cela sort de la bouche d’un directeur –éducateur, à qui le régime actuel  a confié la noble responsabilité d’éduquer quelques centaines d’enfants dans la ligne de Rabelais. Que les temps où Kibimba était dirigé par le Respectable Directeur  Manassé Ntibazonkiza sont éloignés de Kibimba de la nuit terrible.

 

Le combat contre le bûcher aura commencé jeudi, 21 octobre 1993 à 16h00 pour se terminer au delà de minuit, nous dira un paysans rescapé du bûcher. Notons que le groupe de paysans tués ensemble avec les élèves est estimé par le même paysans, presque entièrement carbonisé,  à plus de 100 personnes et les élèves à environ 100 individus. Près de 10 heures de lutte contre l’autodafé et la machette ; 10 heures pour être entièrement calciné au mépris de la morale chrétienne. Oui, les bourreaux étaient des chrétiens, le directeur aussi. Un combat que vos malheureux fils et filles , nos anciens élèves ont dû mener pendant plus de plus de 10 heures sans succès, exactement de la même manière que les Juifs à Auscwitz. Ecoutez ce témoignage du Dr Mikhos NYISZLI, médecin légiste hongrois qui a assisté à l’horreur des gazages (le fait d’exterminer les Juifs par le gaz). Ainsi dit-il :

 

« Les cadavres ne sont pas couchés un peu partout , mais entassés en amas de toute la hauteur de la pièce. L’explication réside dans le fait que le gaz inonde d’abord les couches inférieures de l’air et ne monte que lentement vers le plafond. C’est cela qui oblige les malheureux à se piétiner et à grimper les uns sur les autres. Quelques mètres plus haut, le gaz les atteint un peu plus tard. Quelle lutte désespéré pour une vie ! »

 

  A Kibimba, le même scénario s’est produit, croyez-nous. La seule différence est qu’à la place du gaz, c’est l’essence et le feu ainsi qu’on mourrait à partir du plafond et non d’en bas.

 

C’est une honte pour l’éducation moderne. C’est une honte pour la science. Les enseignants que nous sommes devrions condamner sans réserve pareille barbarie inhumaine. Le boucher de Kibimba a fait honte à notre métier et à toute la communauté des éducateurs. Nous demandons par ici , que l’homme soit recherché pour s’expliquer devant les juridictions compétentes.

 

Enfin, des questions autour de l’avenir du Lycée de la Mort qu’est devenu le Lycée de Kibimba se posent. Va-t-on continuer à envoyer des enfants étudier à Kibimba ? Quant à nous enseignants, va-t-on accepter d’enseigner dans ce mouroir ?

 

Dans tous les cas, le Lycée de Kibimba restera sous la hantise du spectre de la mort. Comme il est difficile de parler de corde dans la maison du pendu, il sera difficile de parler de science et de l’éducation dans le Lycée de la Mort de Kibimba.

 

De nos reporters envoyés à Mwaro

Egide Niyongabo

J.M.V. Kavumbagu

Voir Le Citoyen N° 21 du 1er au 15 novembre 1993

(NB: Les photos ci-dessus ne figuraient  pas dans l'article ).


Photo Jean Pierre Nzeyimana

Le  président Ntibantunganya, membre du influent du FRODEBU a eu le courage de se rendre  à Kibimba en octobre 1995 pour se recueillir devant la tombe des enfants victimes du génocide perpétré par des  partisans de son parti après l'assassinat du Président Melchior Ndadaye le 21 octobre 1993.