Je m'interroge 
Par Zénon Nicayenzi

1.A quelques dizaines d’années près, les pays de l’Est-Africain dont le Burundi viennent de clôturer un siècle d’évangélisation. Mais les événements dramatiques qui affectent la Sous-Région depuis un demi-siècle interpellent la conscience de chacun. 
2.Le Rwanda et le Burundi, deux Etats-Nations parmi les plus intégrés et les plus anciens ont été désintégréspar les partis politiques à l’oeuvre depuis 1957, date de la publication du fameux Manifeste des Bahutu du Rwanda. Depuis cette période, l’idéologie du génocide s’infiltre profondément dans le subconscient collectif détruisant et l’Etat et la Nation, et, peut-être aussi, les Eglises. 
3.En Ouganda, en pleine ébullition sur fond de guerre ethnico-religieuse, on vient d’enregistrer au cours du mois de mars 2000 un phénomène nouveau : l’auto-immolation collective desfidèles de la secte de la Restauration des Dix 
Commandements de Dieu. On ne tue pas l’autre, mais soi-même. Auto-suicide collectif pour répondre à l’appel de l’au-delà. Ce phénomène n’aurait-il pas de rapport avec le phénomène “  Nangayivuza ” où le sacrificateur sacrifie l’être le plus cher, le meilleur? La sorcellerie est-elle absente dans tout ce remue-ménage magico-religieux ?
4.Sur un plan global, quatre entités semblentagir et réagir entre elles : l’Etat-Nation en gestation, les Eglises traditionnelles en désarroi, les sectes ou les communautés séparées en pleine ébullition, les partis politiques fondés sur les ethnies. 
5. Notre interrogation est simple : comment gérer tout ça, en respectant les principes de la démocratie, de la liberté et des droits de l’homme? Concrètement posons les questions suivantes :
6.Première question : émiettement de la conscience religieuse
-L’émiettement de la conscience religieuse, que traduit-il ? Une multiplicité de pratiques religieuses au sein de l’unité de foi ou, au contraire, une multiplicité de pratiques religieuses au sein d’une multiplicité de foi ? Et pourtant la base et la référence sont identiques : la Bible. L’émiettement de la foi ne reflète-t-elle pas l’émiettement de l’unité nationale ? L’essentiel est-il préservé ?
-Comment peut-on expliquer que le même message biblique soit interprété, enseigné et vécu d’une manière aussi multiple et parfois avec des écarts aussi significatifs et dramatiques? 
-La prolifération des sectes ne constitue-t-elle pas un des indicateurs de la baisse du crédit des Eglises traditionnelle? 
-La désaffection des sectes ne moins déclarée des Eglises traditionnelles n’est-elle pas, dans nos pays, l’effet de leur action de sape de la culture, de l’unité et de l’identité nationale ? Les Eglises traditionnelles ne sont-elles pas, en partie responsables de ce phénomène dedésagrégation de la conscience religieuse?
-Comment peut-on expliquer que l’Eglise Evangélique internationale qui enseigne que l’enfant et le conjoint qui la rejoignentdoivent quitter respectivement les parents et l’autre conjoint à moins que ceux-ci n’acceptent de se convertir à cette Eglise, et l’Eglise des Tempérants qui autorise de prier nu et de pratiquer l’amour libre dans ces pays ravagés par le Sida, puissent prendre racine au Burundi ? 
Et tout ceci pousse sur un terrain labouré et ensemencé depuis un siècle par l’Eglise Catholique et rejointe plus tard par les autres Eglises traditionnelles? 
7. Deuxième question : l’unité au sein des Eglises ou sectes 
L’unité des Eglises ou sectes est-elle possible dans les Etats-Nations ravagés par la division, letotalitarisme ethnique et l’idéologie du génocide ? 
-Les Eglises et sectes peuvent-elles s’entendre sur l’essentiel alors qu’elles sont minées par les divisions de toute sorte qui ravagent leur société ?
L’oecuménisme est-il viable entre ces Eglises ou sectes ? 
8. Troisième question : la relation entre le message biblique et la sorcellerie et la magie
-Le sorcier, étant parmi les premiers médias attirés entre le devin et l’homme, ne risque-t-il pas de s’interposer, subrepticement et de nouveau, entre celui-ci et celui-là dans nos sociétés pré-scientifiques et largement analphabètes? Le sorcier ne risque-t-il pas de prendre l’habit et l’apparat de l’évangéliste et du prédicateur ? Le cas de la secte de la restauration des dix commandements ?
9. Quatrième question : contribution des Eglises et sectes à la résolution des problèmes de notre temps
-Les Eglises et sectes peuvent-elles contribuer efficacement à la résolution des problèmes de notre temps alors qu’elles sont en partie responsables de ces problèmes ( division, totalitarisme ethnique et idéologie du génocide) , qu’elles sont divisées en leur sein et entre elles ? 
Les Eglises et sectes peuvent-elles contribuer efficacement à la réconciliation nationale alors qu’elles sont en partie responsables de l’éclatement de la conscience nationale?
Les Eglises et sectes peuvent-elles contribuer à faire la paix alors qu’elles encouragent la guerre? L’incendiaire peut-il devenir le pompier ? 
Le message religieux est-il un message de concorde civile ou de discorde civile?
-Le leadership religieux ne constitue -t -il pas un facteur d’égarement pour le peuple crédule etlargement analphabète ? 
Si la prolifération des Eglises et secteurs ne menace pas la pérennité des Etats-Nations du monde développés, en est -il de même des Etats en gestation ? Surtout au Rwanda et au Burundi ? 
Si la religion a contribué de manière décisive à la création et à la consolidation des Etats-Nations du monde développé, en sera-t-il de même dans le Tiers-Monde ? Surtout au Rwanda et au Burundi ? Le cas du Nigéria n’est-il pas un signal fort indiquant que l’Etat-Nation, sa démocratie et sa liberté sont menacés par le fanatisme religieux ?
La conscience religieuse n’est-elle pas un alibi ou une superposition du totalitarisme ethnique ? Dans ce cas, la conscience religieuse se mariant avec le totalitarisme ethnique ne détruit-il pas la conscience nationale ? Si cet enchaînement n’est pas fatal dans les pays développés, mais dans les pays comme le Burundi et le Rwanda ?
10. Cinquième question : interaction entre libre arbitre, liberté démocratie et Droits de l’Homme.
Si les quatre éléments fondent le progrès humain lorsqu’ils suivent la séquence historique suivante : liberté-libre arbitre-historique suivante : liberté -libre arbitre démocratie-Droits de l’homme, comment gérer les quatre élements lorsque l’on est obligé d’y faire face en même temps et sans transition historique ? 
Le libre arbitre en matière religieuse dans une société de pré-liberté ne constitue-t-il pas un danger pour la liberté, un germe de destruction pour la démocratie authentique, une menace sérieuse pour le droit élémentaire à la vie ? Les suppliciées de la secte des Dix commandements ne sont-ils pas le témoignage éloquent de la négation radicale des valeurs fondatrices du progrès humain dont le droit à la vie en premier lieu ? 
L’interaction entre la liberté, le libre arbitre en matière religieuse, la démocratie et les Droits de l’homme ne constitue-t-elle pas un des défis majeurs du XXIème siècle au Burundi, au Rwanda et ailleurs ? 
11. Sixième question : interaction entre l’Etat-Nation, les Eglises traditionnelles, les sectes, les partis politiques. 
Dans nos pays, les quatre entités à savoir l’Etat-Nation, les Eglises traditionnelles, les sectes et les partis politiques entretiennent des rapports ambigus et complexes. Envisageons ces rapports à partir de la dynamique actuelle des sectes qui bouscule et l’Etat-Nation, et les Eglises traditionnelles et les partis politiques :
Comment l’Etat-Nation peut-il se protéger et protéger la société contre les excès des sectesalors qu’il est fragilisé par les Eglises traditionnelles et ceci de connivence et en complicité avec le colonisateuret le néo-colonisateur ?
Peut-il agir préventivement sans se compromettre auprès des défenseurs des Droits de l’homme ? 
Peut - ilagir à posteriori ? Dans ce cas, c’est trop tard, on vient de le constater en Ouganda. 
L’affaiblissement de l’Etat-Nation n’induit-il pas - à terme - l’affaiblissement des Eglisestraditionnelles soumises à la pression des sectes ? 
Les Eglises traditionnelles peut-elle prospérer sur les ruines de l’Etat-Nation? Quelle est la signification de la quasi-substitution de l’Etat-Nation par les Eglises traditionnelles en RDC ? 
L’Etat - Nation fragilisé par les Eglises traditionnelles, miné par les partis-Ethnies et menacépar les sectes, certaines empruntant le couloir ethnique, comment peut-il préserver l’essentiel à savoir la sécurité des biens et des personnes l’unité et l’identité nationales, les capacités de coordonner et d’impulser le développement par et pour tous tout en respectant les droits fondamentaux des citoyens ? Comment peut-il diminuer la pression exercée sur lui par lesEglises traditionnelles, les sectes et les partis-Ethnies ? Le cas du Rwanda et du Burundi noussemble particulièrement significatif à cet égard . 
Un parti-Ethnie peut-il prétendre diriger l’Etat-Nation ? 
Exemple le Palipehutu du Rwanda et le palipehutu du Burundi. 
Ces partis-Ethnies ne devraient-ils pas être disqualifiés au nom de l’unité nationale ? 
-Peut - on assurer la liberté et la libre arbitre en dehors de l’Etat - Nation ? 
 

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