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Pierre Buyoya : 1987-2001
Les
rendez-vous manqués avec l’histoire
Chers Compatriotes,
Depuis bientôt huit ans, notre chère patrie, le Burundi, se trouve dans une impasse et sa descente aux enfers ne laisse personne indifférent. Plusieurs de nos frères et soeurs sont morts, tués parce que nés Tutsi ou simplement parce qu’ils s’opposaient à l’idéologie génocidaire du Frodebu et de ses alliés extrémistes Hutu. C’est dans l’impuissance totale et dans le désespoir complet que nous suivons les malheurs qui s’abattent sur notre pays .
Et suite aux décisions des pays voisins qui semblent avoir pris le Burundi sous tutelle parce qu’il manque cruellement de Leaders capables de parler en son nom, vous êtes appelés à vous choisir un Leader qui dirigera une Transition de dix huit mois avant de céder la place à un ressortissant du groupe des sept partis
Hutu (G7). Pierre Buyoya, le Président actuel, est monté au créneau pour revendiquer la direction de cette transition en prétendant qu’il est le seul capable de maintenir l’ordre et la transition vers l’application des Accords d’Arusha.
Comme pour justifier son exigence, ses courtisans disent qu’il a un idéal de paix et qu’il est le seul capable de le mener à bon port. Malgré son échec lamentable à assurer le minimum de sécurité jusque dans la Capitale de notre pays, cet homme s’entête et persiste dans son refus de céder la
place à un nouveau Leadership capable de renverser la situation actuelle et de remettre l’espoir dans les coeurs brisés de tous nos compatriotes.
Il n’était pas nécessaire de revenir sur la trahison et l’incapacité notoire de cet homme pour vous convaincre d’opter pour le changement. Néanmoins, nous avons jugé bon de vous présenter un résumé de son action politique depuis 1987 pour que vous saisissiez le vrai danger de laisser cet homme aller au bout de son aventure comme si on en avait pas assez d’enterrer les nôtres chaque jour, emportés par la coalition génocidaire qu’il protège et qu’il prépare à prendre le pouvoir dans dix huit mois.
Nous vous invitons à réfléchir sur ce bilan politique désastreux et à prendre le taureau par les cornes en refusant les services de Pierre Buyoya pour la conduite de la période de Transition.
Ensemble et Unis, Nous Vaincrons!
Fait le 14 mars 2001
Pour ACG -BENELUX: Dr.Ir.Jean-Bosco KAZIRUKANYO
Pour ACG- CANADA: Dr. Salvator NSENGIYUMVA
Pour ACG-SUISSE: Dr. Juvénal NDUWIMFURA
Pour l'AIPG-CANADA: Ambassadeur Tharcisse NTAKIBIRORA
Pour l'ASP/Burundi- BELGIQUE: Dr. Melence NKUBANYI
Le Collectif des Associations de Lutte contre le Génocide au Burundi.
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PREMIÈRE PARTIE
La gestion du Burundi depuis l’arrivée au pouvoir de Pierre Buyoya en 1987 a révélé à la face du monde la profondeur de la haine et de la barbarie que l ‘idéologie du racisme ethnique et du genocide ont introduit dans les relations entre les Bahutu et les Batutsi. En adoptant une politique dite d’unité nationale pour disait-il, résoudre le conflit Hutu-Tutsi, Buyoya prétendait vouloir tourner la page noire de notre histoire pour engager le pays dans une voie démocratique. Fort de sa trouvaille d’unité et de réconciliation, l’homme a cru qu’il avait une mission qu’il a qualifiée de possible malgré les sceptiques et les opposants qui lui disaient que son programme était mal engagé parce que bâti sur une profonde incompréhension entre les désirs des uns et des autres.
Depuis son lancement avec fanfares en 1989, son programme d’unité ne durera que deux petites années avant d’être balayé par un courant génocidaire porté par ceux-là mêmes à qui il avait confié les clefs de la cité. Après sa défaite de 1993, il lui faudra patienter trois ans avant de revenir, porté par un nouveau Coup d’État, pour encore une fois clamer haut et fort son désir de réconcilier les Barundi et de les aider à retrouver la voie de l’Unité. Comme par le passé, il confiera les clefs de la cité à ceux-là mêmes qui avaient stoppé son projet d’unité pour lui substituer leur macabre projet d’extermination des Tutsi et des Hutu opposés à leur idéologie génocidaire.
Après avoir engagé des négociations dites de paix avec des gens que la communauté internationale avait fini par mettre sur le banc des accusés pour avoir perpétré ou soutenu le génocide des Tutsi, Buyoya exige aujourd’hui son maintien au pouvoir et déclare n’avoir pas fini sa mission.
Ses partisans clament haut et fort qu’il est le seul capable de ramener la paix . Leur principal argument est aussi leur principale faiblesse puisque disent-ils (Burundi Today-Chronique politique de la semaine, 7 Mars 2001) : « Buyoya a toujours été seul dans tous les processus qu’il a engagés. Celui de l ‘Unité Nationale en 1988 fut encore plus mal engagé. C ‘est cette solitude même dans la profondeur d’un idéal deb paix qui le fragilise». Pour nous tous qui avons tort de croire que cet homme n’a pas et n’a jamais eu d’idéal de paix, voilà le seul argument qui , malgré les faits que nous allons montrer plus loin , devrait nous convaincre : « l’homme est incompris, il a un idéal que personne d’autre ne partage et pour cela on devrait le laisser conduire son processus jusqu’au bout ».
À la lumière de ce constat, il nous a semblé opportun de faire la rétrospective de ses actions à la tête du pays depuis 1987 et de permettre au lecteur de juger de lui-même. Nous avons l’avantage d’avoir suivi les processus engagés par Buyoya de l’extérieur du Burundi où nous vivons pour la plupart depuis plus de douze ans. Étant tous des professionnels oeuvrant loin de la politique, dans des professions libérales, notre souhait est de voir le pays retrouver la voie de la paix quelle que soit la personne qui conduira ce processus.
L’aventure de l’Unité Nationale
Le 6 Octobre 1988, soit une année après sa prise de pouvoir, Buyoya a lancé les travaux de la commission nationale chargée d’étudier la question de l’Unité . Cette décision fut saluée par tous les observateurs comme une décision courageuse. Sans attendre les résultats de la commission qu’il venait de nommer et pour dit-on « marquer son engagement à favoriser la réconciliation nationale », Buyoya nomma le 19 Octobre 1988, un gouvernement dominé par les Hutu et s’employa à promouvoir l’élite Hutu dans toutes les sphères de l’administration. Pour toute personne douée de bon sens, il devenait clair que les travaux de la commission n’avaient plus aucun sens dans la mesure où le Président avait lui-même trouvé « les réponses aux questions » qu’il posait au peuple à travers la commission nommée. En clair, Buyoya nous disait que la promotion aveugle des Hutu dans l’administration au mépris des principes de bonne gestion et d’équité, constituait la solution au problème Hutu -Tutsi. Comme la suite le montrera, notre homme « incompris » venaitainsi de biaiser les travaux de la Commission et de tuer lui-même son projet d’Unité. Comme on le verra plus loin, cette démarche unique et inique de passer outre les voies normales de résolution
des problèmes est une caractéristique majeure de l’action politique de cet homme qui prétend être un idéaliste incompris.
La comédie de l’Unité se poursuiva à travers les travaux de la commission au moment où Buyoya appliquait « ses solutions » en s’évertuant à promouvoir le plus de génocidaires possibles dans les sphères de l’administration. Malgré cette mise en scène tragique, des voies se sont élevées pour dénoncer la légèreté avec laquelle le pouvoir traitait les affaires sérieuses du pays. Comme pour habiller tout ça d’un semblant de démocratie, un référendum fût organisé et la charte de l’Unité fût adoptée à 89% de vote positif le 5 Février 1991. Dans sa sagesse légendaire, le peuple Burundais a répondu oui à l’Unité mais personne ne l’a consulté pour savoir ce qu’il fallait faire pour y parvenir. La mise en scène terminée, Buyoya s’employa à capitaliser sur cette «victoire » en renforçant davantage la mainmise de la clique génocidaire sur les affaires de l’État. Mais comme on dit : « À malin, malin et demi ». Dans la foulée des résultats du référendum sur l’Unité,
Buyoya nomma une commission chargée de préparer une nouvelle constitution pour consacrer le multipartisme comme mode de gouvernement. Encore une fois, le peuple vota massivement pour un «oui» à son projet mais lui lança une sévère mise en garde contre les divisions vécues antérieurement dans ce genre de compétition politique. La suite vous la connaissez : une campagne politique pourles présidentielles sur fond de divisions ethniques, de propagande génocidaire et j’en passe. Ce qui devait arriver, arriva : la victoire de Melchior Ndadaye consacra le triomphe des idées que Buyoya et sa commission avaient escamotées. Ces idées reposent essentiellement sur la domination de la « majorité Hutu » , l’exclusion des Tutsi et leur mise à mort pour bâtir un « Burundi Nouveau » , « Uburundi Busha » comme ils se faisaient plaisir de le prédire dans leur discours de campagne électorale. Il nous apparaît important de souligner ici l’incompréhensible légèreté avec laquelle Buyoya s’est battu pour le triomphe de son « Idéal de Paix et d’Unité» avant, pendant et après la campagne des Présidentielles de 1993. Même lorsque le pays brûlait de partout et que les Tutsi et les Hutu opposés à l’ideologie génocidaire subissaient le pire des carnages, personne n’a entendu parler de Buyoya. Son silence était d’autant incompréhensible qu’il était le seul capable de rappeler aux Barundi les engagements que les uns et les autres avaient pris en adoptant la charte de l’Unité. À ceux qui prétendent que la confusion du moment aurait pu le faire passer pour un putschiste, nous rappelerons que Rwagasore n’a jamais hesité quand il a fallu défendre au prix de sa vie le droit à l’indépendence de son pays.
Les Accords d’Arusha : Le retour d’un aventurier sur la scène politique
Le génocide qui a commencé en 1993 et qui continue aujourd’hui est, de notre point de vue, à mettre directement dans le bilan des réalisations de Pierre Buyoya et de son aventure politique depuis 1987 jusqu’à sa défaite en Juin 1993. L’homme que sa petite clique de courtisans appellent un « visionnaire incompris » manque cruellement d’idéal et de conviction dans ce qu’il fait. De tout temps, des hommes se sont battus pour un idéal auquel ils croyaient jusqu’à la victoire ou à la mort. Rwagasore fait partie de cette classe de dirigeants qui auront consacré leur vie pour le triomphe des idées justes auxquelles ils croient. Si l’indépendance du Burundi était et reste une réalisation majeure et un idéal auquel il fallait souscrire, l’Unité Nationale revêt la même importance pour les générations actuelles et à venir. Si Buyoya avait cet idéal comme le clament ses courtisans, il se serait battu pour le faire triompher et pour combattre toutes les idées contraires à la manière de Rwagasore et de bien d’autres Leaders dans le monde. Nous laissons le soin aux historiens de juger de la manière dont ce processus fut conduit et de la responsabilité de Buyoya dans cette aventure.
Le retour au pouvoir de Buyoya, opéré à la faveur d’un Coup d’État, nous fut imposé par la même clique qui clame aujourd’hui qu’il est l’homme de la situation. Peu de dirigeants ont la chance d’avoir un examen de repêchage comme Pierre Buyoya. Mais comme on peut facilement l’imaginer, peu de dirigeants referaient les mêmes bêtises si ils avaient la chance de recommencer. Depuis son retour au pouvoir en 1996, tout le monde s’attendait à ce qu’il fasse un examen de conscience et corrige sa copie pour remettre l’espoir dans les coeurs brisés des Barundi qu’il avait engagés dans des aventures sans issue. Quatre ans plus tard, il est douloureux de faire ce bilan en pensant à temps d’espoirs gâchés et de vies sacrifiées inutilement à cause des aventures de cet homme. Quatre ans plus tard, alors que les génocidaires occupent un quartier de la Capitale et se livrent à une orgie dont la chair des Tutsi constitue le plat principal, la clique de courtisans de Buyoya nous invite à le soutenir pour une autre descente aux enfers. Mais au juste, que n’a-t-il pas fait depuis 1996 pour ramener les génocidaires au pouvoir ?
Après le triomphe des thèses racistes et génocidaires de 1993, Buyoya est retourné en 1996, officiellement pour combattre les extrémistes de tout bord et retrouver le chemin de l’Unité perdue. Comme première réalisation, il s’empressa de mener une négociation secrète avec ceux-là mêmes qui venaient de lyncher les Tutsi à Bugendana et qui venaient de former un groupe armé pour en finir avec le reste des Tutsi dans tout le pays. Il s’empressa d’enterrer le rapport des Nations Unies qui condamnait ces gens afin de montrer sa disposition au dialogue. Comme en 1988, il venait de fouler au pied les principes mêmes auxquels il se réclamme. Poursuivant son modèle d’action et de mépris des organes qu’il a lui-même mis sur pied, à la manière de la commission chargée d’étudier l’Unité Nationale, il voulait régler de sa façon un problème complexe dont les Barundi n’ont jamais eu l’occasion de discuter pour lui trouver des solutions appropriées. Il imposait ainsi au peuple Burundais et à la Communauté Internationale, sa vision tronquée consistant à croire que le problème Hutu-Tutsi réside dans le partage du pouvoir.
La nature cachée de ses accointances avec les criminels du CNDD-FDD lui sauta à la face lorsque les Barundi découvrirent que l’homme n’a jamais changé et qu’il recommence la même politique aventurière sur leur dos. Il devenait clair pour ceux qui doutaient encore que sa nouvelle politique ne sera pas différente de la première. Une nouvelle aventure consistant à légitimer les actes de génocide de 1993 et de travailler main dans la main avec ses commanditaires commençait.
Aidé par une « Communauté Internatioanale » dont la mauvaise compréhension de nos problèmes s’est tragiquement confirmée lors du génocide des Tutsi du Rwanda voisin, Buyoya s’embarqua ouvertement dans une négociation avec de faux partenaires au motif qu’il fallait régler « le partage du pouvoir entre la minorité et la majorité » puisque c’est de cela qu’il s’agit selon les propres termes du médiateur dans le conflit du Burundi. Pour une seconde fois, le peuple était invité à une seconde aventure en moins de 5 ans. Comme en 1988, il nomma un gouvernement dominé par les Hutu extrémistes pour montrer sa bonne foi et sa disposition au dialogue.
Un dialogue des sourds et sans issue s’est ainsi installé entre les négociateurs dont les discussions étaient financées à coup de millions par la même Communauté Internationale qui avait assisté en direct sans rien faire au génocide des Tutsi du Rwanda. Pendant les trois ans que dure cette seconde tragi-comédie, des milliers de Tutsi sont fauchés sur les routes et dans leurs maisons par des génocidaires se réclammant de l’une ou l’autre mouvement en négociation. Nos frères et soeurs se trouvant dans l’armée nationale sont envoyés à l’abattoir sans mission claire et sans motif valable de pourquoi ils se battent et pour quelle finalité. Pourquoi faudrait-il mourir pour une cause perdue d’avance ? Quelqu’un pourrait-il nous dire pourquoi tant de morts si l’objectif premier n’a jamais été de combattre et vaincre les forces génocidaires ?
Comme nous le disions plus haut, Buyoya nous demande aujourd’hui à travers ses courtisans, de le reconduire à la tête du pays pour conclure « son processus de paix ». Il menace de sévir pour quiconque osera s’opposer à lui. Il désire finir son oeuvre commencée en 1988 en confiant les rênes du pouvoir à quelqu’un du G7 comme le stipule les Accords d’Arusha. Son idéal d’unité sera ainsi réalisé puisque les Hutu retrouveront le pouvoir qu’ils disent avoir perdu par le Coup d’État sanglant de 1993. Entre-temps, il devra satisfaire les exigences de Nyangoma et du FNL à l’effet que « l’armée Tutsi » ne serait être là quand ils rentreront dans leur pays libéré. Dans ces conditions, nous ne pouvons qu’être d’accord avec les courtisans de Buyoya qui disaient que : « Si c’est pour poursuivre l’oeuvre commencée par Buyoya, les gens préfèreront l’original à la copie ».
À tous ceux qui pensent que personne n’a intérêt à poursuivre cette oeuvre et que le peuple Burundais a déjà enduré trop de souffrances dans cette aventure, nous vous invitons à renverser cette homme. Unis derrière un nouveau Leader, nous pourrons ensuite renverser le sens de rotation de la roue de l’histoire qui semble tourner contre la Paix et l’Unité depuis l’arrivée de Buyoya en 1987.
À Pierre Buyoya, nous l’invitons à une méditation rétrospective en dehors des pressions de ses courtisans qui ne visent que leurs intérêts à rester au pouvoir, pour qu’il réussisse au moins sa sortie à défaut d’avoir réussi autre chose. Qu’il n’ajoute pas le drame au drame en s’accrochant à un pouvoir qu’il n’a plus. Les exemples de Robert Guëi, de Caucescu ou de Milosevic devraient l’inciter à réflechir avant qu’il ne soit trop tard pour lui et pour le peuple Burundais.
Nous invitons enfin les Tutsi candidats à la magistrature suprême pour la première tranche de la transition, à s’unir derrière celui qui est soutenu par le plus grand nombre de partis politiques, afin de bâtir ensemble un front uni contre le génocide et pour le retour de la paix au Burundi.
Unis et solidaires, nous pourrons tourner la page noire de l’histoire récente dominée par l’aventure et l’incohérence de la politique de Pierre Buyoya.
