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UPRONA (Aile Rukingama)
DECLARATION INTRODUCTIVE A LA CONFERENCE
DE PRESSE DU 16.03.2001
Dans le cadre du processus d'Arusha, il est prévu de
tenir, du 19 au 24 mars 2001, deux types de réunions :
l'une pour la commission de suivi de l'application de
l'Accord de paix, l'autre pour les parties
signataires du dit Accord.
Sans surprise aucune, ces rencontres devront
analyser, d'une façon ou d'une autre, le problème posé
par la mise en place des institutions de transition en
rapport avec la problématique du cessez-le-feu.
Le Parti UPRONA voudrait dès à présent indiquer sa
position sur cette importante question et formuler un
certain nombre de commentaires et de propositions pour
le bon déroulement de ces travaux.
1. A propos de la mise en place des institutions de
transition.
1.1 L'UPRONA affirme haut et fort que la mise en place
des institutions de transition avant le cessez-le-feu
est un non - sens.
Dans la conception de l'Accord d'Arusha pour la paix
et la réconciliation au Burundi, trois phases devaient
intervenir simultanément : la signature de l'Accord,
le cessez-le-feu et la désignation du Président et du
Vice-Président de la République, prélude à la mise en
place des autres institutions de transition.
D'un côté, dans la mesure où c'est la même situation
de massacres de populations, de pillages et de
destructions qui prévaut, on ne voit pas d'où l'on
serait parti et vers où cette transition mènerait.
Il n'est pas concevable par ailleurs qu'on puisse
sauter une étape aussi capitale dans le processus et
croire qu'on peut avancer.
D'un autre côté, prises comme tels, les missions et
les programmes des institutions dites de transition
changent fondamentalement.
Au lieu d'amorcer le retour à une vie politique,
économique et sociale normale, la priorité revient à
la poursuite de la guerre et à la négociation du
cessez-le-feu. Il s'en suit que le profil de ces
institutions serait également à revoir.
1.2. Bien plus, le parti UPRONA estime que la mise en
place des institutions de transition avant
l'établissement du cessez-le-feu aurait pour
conséquence de déstabiliser l'Etat burundais et de
diminuer ainsi sa capacité à faire face à l'entreprise
criminelle des groupes armés.
Deux raisons majeures à cela.
- La mise en place des institutions de transition
aurait pour effet de déstabiliser le gouvernement
actuel sans qu'on puisse pourvoir à son remplacement.
En effet, avant que le cessez-le-feu n'intervienne,
il serait illusoire de penser que les responsables des
parties signataires vivant en exil vont se rapatrier.
En réalité, pendant tout le temps que la guerre
durera, ces institutions tourneraient à vide, sans que
celles qui sont en place aujourd'hui aient encore la
légitimité et la vitalité nécessaires pour continuer à
conduire la guerre. Ce serait frayer une voie à la
rébellion pour qu'elle prenne avantage sur les forces
nationales.
- Telles qu'elles ont été définies, les institutions
de transition comportent des déséquilibres qui
pourraient être dangereusement exploités au bénéfice
de la rébellion.
L'Accord d'Arusha a établi, dans les institutions de
transition, une prépondérance absolue au bénéfice du
G7.
Au parlement, ce groupe détient 67,3% des sièges à
l'Assemblée Nationale et 50% au Sénat. Au
Gouvernement, le G7 aura entre 50% et 60% des
porte-feuilles ministériels. La même prépondérance
risque de se reproduire dans les secteurs de
l'Administration territoriale.
Si ce genre d'institutions devait fonctionner avant
le cessez-le-feu, avec pour mission prioritaire de
combattre les groupes armés, l'Etat serait confondu en
grande majorité avec la rébellion. De là à ce que les
représentants du G7 offrent la logistique politique,
diplomatique et militaire aux groupes armés et leur
assurent les conditions pour une victoire militaire,
il n'y aurait qu'un pas. On l'a déjà vu et vécu,
notamment sous le régime de la Convention de
Gouvernement.
Au nom du peuple burundais, au nom des citoyens
Batutsi et Bahutu contre qui cette guerre de génocide
et d'extermination est dirigée, le Parti UPRONA dit
catégoriquement non à cette perspective.
2. Concernant les prochaines réunions d'Arusha.
2.1. De manière générale, le Parti UPRONA regrette
qu'aussi bien pour la commission de suivi de
l'application de l'Accord que pour les parties
signataires, les travaux qui s'annoncent aient été
organisés dans l'indifférence totale vis-à-vis de la
préoccupation première du peuple burundais qu'est la
paix et la sécurité.
En effet, les préoccupations majeures du peuple
burundais ne résident pas dans la désignation du
Président, du Vice-Président ou du Gouvernement. Elles
ne résident pas davantage dans les querelles stériles
qu'on observe au sein des partis politiques pour se
partager les postes. Elles résident dans le retour
effectif et irréversible de la paix et la sécurité.
Elles résident dans l'amélioration de leurs conditions
de vie notamment dans les domaines de l'alimentation
et des soins de santé. C'est à ces préoccupations que
la conduite du processus de paix devrait accorder la
priorité.
2.2. S'agissant de la réunion des parties signataires
en particulier..
Le parti UPRONA tient à dénoncer les manœuvres
contenues dans les propositions faites pour pourvoir
aux institutions de transition.
Comme déjà indiqué plus haut, le forçing pour la mise
en place des institutions de transition est contraire
à l'objectif de restauration de la paix et de la
sécurité.
D'un autre point de vue, en programmant " la
désignation " des plus hautes autorités de l'Etat et
des membres du Gouvernement en terre étrangère,
l'équipe de la facilitation foule aux pieds la dignité
et la souveraineté du peuple burundais.
Enfin, dans le scénario prévu à la prochaine réunion
des parties signataires, l'équipe de la Facilitation
sous-entend que pour le choix du Président et du
Vice-Président de la République, il suffira que le G10
et le G7 fassent connaître respectivement la personne
de son choix.
Parce que de nature à installer au sommet de l'Etat
la zizanie politico-ethnique, cette procédure doit
être rejetée. Ce serait procéder à la liquidation de
ce qui reste de la Nation burundaise. Les
personnalités qui auront la lourde mission de conduire
le pays durant la transition devront être soumises à
l'appréciation de tous les groupes. Il va même falloir
trouver les mécanismes appropriés pour qu'elles
recueillent un consensus national.
3. Que faire pour que ces échéances aient un minimum
de résultats ?
Le Parti UPRONA formule deux propositions
3.1. Mettre à contribution les dispositions
pertinentes de l'Accord d'Arusha pour faire des
pressions sur les fauteurs de guerre.
Par la signature de l'Accord de paix, le 28.8.2000,
les parties signataires et la communauté
internationale réunie à Arusha ont lancé un appel aux
groupes armés pour qu'ils suspendent immédiatement les
hostilités et les actes de violence et ont invité ces
groupes à s'engager dans des négociations sérieuses en
vue d'un cessez-le-feu.
Le 20 septembre 2000, les Chefs d'Etat de la
Sous-Régions enjoignaient aux groupes armés, sous
peine de sanctions, l'ordre de rejoindre la table de
négociations endéans trente jours.
En dépit de tous ces appels et malgré les
sollicitations du Médiateur, les groupes armés n'ont
cessé de perpétrer les crimes les plus ignobles contre
les populations innocentes.
Pour le Parti UPRONA, le moment est venu de prendre
acte que les groupes armés ont opté pour la guerre et
de demander, à l'endroit de cette rébellion sans foi
ni loi, les sanctions prévue par l'Accord de paix.
Faute de ce faire, la preuve aura été donnée que
parmi les signataires, certains partis et mouvements
restent de connivence avec la rébellion.
3.2. Préparer les instruments de mise en application
de l'Accord .
En attendant que le cessez-le-feu n'intervienne pour
que l'Accord de paix soit entièrement opérationnel, il
est important d'élaborer tous les instruments qui
seront sollicités à cet effet.
Ainsi, en rapport avec le contenu des différents
protocoles, la prochaine réunion des parties
signataires pourrait utilement mettre sur pied les
commissions chargées de préparer ces instruments.
En particulier, il faudra absolument désigner une
équipe d'experts chargée de préparer la Constitution
de transition et les lois sur l'Assemblée Nationale et
le Sénat pour que le moment venu, il y ait des
mécanismes légaux pour mettre en place les
institutions de transition.
