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Burundi - Politique

L’état de la démocratie au Burundi

1er juin 2022

Léonce Ngendakumana

Léonce Ngendakumana est né dans la province de Bujumbura, connu jadis sous le nom de Bujumbura rural. Il a fait ses études primaires à Rushubi, puis les études secondaires à Ririma au Rwanda et l’Université officielle de Bujumbura où il a obtenu le diplôme de Licence en Chimie, Option : Agro-Alimentaire.

Il a été Assistant à l’Universié du Burundi, à l’Institut Supérieur Agronomique pendant 4 ans. Il a été élu député pendant 17 ans et Président de l’Assemblée Nationale pendant 17 ans, sous Buyoya II.

En politique, il a été membre du parti Bampere à l’âge de 14 ans. Il a été membre du parti Ubu ou Umugambwe w’Abakozi mu Burundi, ou Parti des travailleurs du Burundi. Sourire aux lèvres, Léonce Ngendakumana rappelle que Charles Mukasi qualifie cette organisation de génocidaire.

Il a été membre du parti Sahwanya Frodebu, Président de l’ADC Ikibiri de 2012 à 2015. Il a été membre fondateur du Mouvement ARUSHA contre le troisième mandat de Pierre NKurunziza, aux côtés de Jean Minani et Chevineau Mugwengezo. Ce mouvement a donné naissance à CNARED GIRITEKA dont il a été représentant au Burundi.

Comme certains disaient que c’est une organisation des Tutsi, Léonce Ngendakumana a rejeté ces informations, indiquant que sur 80 personnes qui le composaient, 17 seulement étaient des Tutsi. Il a bien voulu répondre aux questions de la rédaction qui le remercie pour avoir consacré ce temps à Net Press.

N.P. Le 1er juin de chaque année, le parti Sahwanya Frodebu célèbre la victoire de cette formation politique aux élections présidentielles. Quelle signification vous donnez à ce tournant politique ?

L.N. Nous célébrons le 1er juin de chaque année parce que c’est là où le Frodebu a remporté les élections présidentielles dans le cadre du multipartisme. Nous célébrons plutôt la victoire de la démocratie au Burundi. C’est cela qu’on célèbre en disant que maintenant, on rompt avec les pouvoirs militaires, on entre dans les pouvoirs civils où le citoyen est au centre des préoccupations, où le citoyen sera libre de s’exprimer sur toutes les questions qui intéressent notre société en toute liberté.

Melchior Ndadaye élu Président de la République

Des pouvoirs civils où pour accéder au pouvoir, on n’utilise plus le fusil, on utilise la voie des urnes, la compétition électorale, où on évite la fraude électorale, parce que la fraude électorale est comme un coup d’Etat, donc contre la volonté du peuple. On élabore des programmes pour entrer dans la compétition. Un pouvoir où les élus, depuis le président de la République jusqu’au chef de colline sont redevables devant les électeurs, on appelle cela le principe de redevabilité, où, comme je l’ai dit tout à l’heure, le citoyen est au centre de tout.

On doit respecter le peuple car la démocratie, c’est le pouvoir du peuple par le peuple, par le peuple et pour le peuple. Aujourd’hui, ce que l’on voit, celui qui a le fusil est l’autorité qui a le pouvoir pour lui-même et pas pour le peuple. Donc c’est qu’on célèbre c’est cela. Nous sommes entrés dans une phase démocratique au Burundi qui consacre la liberté des citoyens, qui consacre la paix et la sécurité, la justice pour tous, l’unité, la cohésion et l’équité, non pas le partage du gâteau comme on dit, l’équité, qui veut dire le mérite.

Cela veut dire qu’il faut manger à la sueur de son front. Quand vous avez travaillé, vous devez être récompensé en conséquence. Mais tout cela, en faveur du développement intégré car dans les sociétés divisées, dans les sociétés pauvres, on ne peut pas parler de démocratie.

N.P. Vous faites partie de ceux qui ont introduit la démocratie au Burundi. Quel est l’état des lieux aujourd’hui ?

L.N. Nous sommes parmi les pionniers, mais nous avons repris car dans les années 60, en 1961, plus précisément, il y avait la démocratie. C’est lorsque le président Micombero a renversé la monarchie qu’il a supprimé les partis politiques, en faisant de l’Uprona un parti unique, un parti-Etat si vous voulez car il y avait une confusion entre le parti et l’Etat, donc pendant presque 27 ans qu’il n’y avait plus plusieurs partis politiques. En d’autres termes, à partir de cette période, il n’y avait plus de démocratie.

Alors l’état des lieux ? Ce n’est pas difficile à voir. Je dois vous dire que mon point de vue, mon sentiment est que la démocratie est à l’épreuve, elle est menacée, on peut même penser à l a disparition si on ne fait pas attention. Les piliers de la démocratie sont menacés.

Tout d’abord, les partis politiques. Est-ce qu’il existe un parti politique digne de ce nom ? Je dis non. Depuis le parti au pouvoir jusqu’au parti que vous pouvez deviner. Il n’y a que des demandeurs d’emplois. Je les vois. Il n’y a que des groupements ethniques pour demander ceci ou cela. D’autres pensent encore que l’ethnie peut les aider à arriver à quelque chose. Il n’y a que des groupements. Cela est le premier pilier.

Le Frodebu en pleine campagne

Le premier pilier a été détruit par le pouvoir. Il a provoqué des divisions des partis politiques en ailes antagonistes, presqu’irréconciliables. Je parle de ce que je sais, ce n’est pas quelqu’un qui me l’a dit. Notre parti a été divisé en 6 petits partis presqu’irréconciliables. Certains ont été récupérés par le pouvoir, c’est pourquoi la réconciliation n’est pas possible.

En deuxième lieu, c’est la société civile. Le deuxième piliers, vous savez, la société civile a des missions spécifiques, notamment celle de défendre ceux qui ne sont pas dans les partis politiques ou dans les institutions, pour parler au nom de ceux-là et créer une opinion pour éviter les abus du pouvoir. La société civile a été considérée comme un acteur politique et pour le moment, elle a été détruite. Les organisations de la société civile sont à l’extérieur où elles se débrouillent. Est-ce qu’elles sont entendues ? Je ne sais pas. Elles sont loin de ce peuple qu’elles devaient servir. Le reste qui est ici, elle est proche du parti politique au pouvoir, je le vois.

Le troisième pilier, ce sont les médias. Certains médias ont été détruits, d’autres ont été brûlés. Les médias qui s’exprimaient pour le compte du peuple, au nom du peuple, maintenant ils se débrouillent à l’extérieur, à partir de l’exil et non d’ici. Il n’y a pas de contact physique. Donc, la société civile est presqu’inexistante sur terrain ici.

Le quatrième pilier, ce sont les élections. Est-ce qu’on peut parler des élections ? Ce que je constate sur terrain, c’est une sorte d’achat… au-delà de la fraude électorale, il y a des intimidations, il y a beaucoup de phénomènes à la veille des élections : les intimidations, même le terrorisme, les emprisonnements abusifs, il y a l’achat des consciences, c’est vraiment un fond de commerce. C’est pourquoi on dit qu’au Burundi, les élections génèrent des conflits et des crises.

Cela veut dire qu’on a truqué, l’on a volé, ce qui provoque des crises. Ce ne sont pas des élections, non, ce qui provoque les crises, ce sont les intimidations, des achats de conscience qui provoquent des frustrations, il y a des problèmes, il y a des revendications qui sont réprimées.

Le cinquième pilier, c’est la séparation des pouvoirs. En démocratie, il y a la séparation des pouvoirs. Mais tous les pouvoirs que vous connaissez sont concentrés dans les mains du seul président de la République. Je vous donne quelques exemples.

Le pouvoir exécutif. L’on parle d’un premier ministre ici. Est-ce qu’il y a un premier ministre ? Quand on lit dans la constitution, il y a un article qui stipule que l’administration burundaise est organisée en ministères. Et chaque ministère, donc chaque ministre, doit rendre compte au chef de l’Etat, au Président de la République, de son fonctionnement et de l’utilisation des fonds alloués à ce ministère. Où est le rôle du Premier ministre ?

N.P. Y compris la primature ?

L.N. Oui, alors qu’en démocratie, le premier ministre est le chef de gouvernement. C’est lui qui coordonne l’action du gouvernement. Ici, c’est le président qui a le dernier mot.

Deuxièmement, le pouvoir législatif. Je cite quelques exemples mais on peut relever beaucoup de dispositifs qui prouvent que c’est lui qui tient en mains le pouvoir législatif. Comment ? Le pouvoir législatif, le parlement ici, c’est l’Assemblée Nationale et le Sénat. Ils ont la mission de voter la loi. Cette constitution donne aujourd’hui au président de la République de refuser une loi qui a été votée par le parlement.

Cela veut dire que le parlement est là uniquement comme une institution budgétivore parce que vous comprenez que le dernier mot revient au Chef de l’Etat. En fait tout dépend du chef de l’Etat. On peut voter une loi, s’il n’est pas satisfait, on la met dans le tiroir. Il attend 30 jours, la loi est frappée de caducité alors qu’auparavant, s’il n’était pas d’accord, on faisait la relecture, une deuxième lecture, on envoyait quelques amendements au parlement et c’est ce dernier qui avait le dernier mot dans le vote et l’approbation de la loi. Vous comprenez qu’il a récupéré les pouvoirs du parlement.

Le pouvoir judiciaire, c’est de même. Il y a des actes qu’il pose où il ne consulte même pas son vice-président, son premier ministre, son ministre de la justice, où il ne consulte même pas le conseil supérieur de la magistrature. Donc, il a récupéré aussi les pouvoirs judiciaires. Vous comprenez que tous les trois pouvoirs concentrés dans les mains du seul chef d’Etat. Je crois que c’est costaud, il faut être solide pour faire tout ce travail.

L’autre que je peux appeler le dernier pilier, c’est le citoyen parce qu’en démocratie, le citoyen, le peuple est considéré comme détenteur du pouvoir. Alors la démocratie doit mettre l’homme à la plus haute préoccupation. Je crois que l’homme est aujourd’hui à côté du cercle, pas dans le cercle, il est côté, il y a ce qu’on appelle oligarchie, c’est-à-dire une poignée de gens qui détiennent le tout. Une poignée de certaines personnes, le citoyen se trouve à côté du cercle, il reste exposé à la mort à côté du cercle.

On regarde ce qu’il fait, on ne l’abandonne pas comme ça, on regarde ce qu’il fait, on le surveille. Il reste exposé à l’exil s’il échappe à la mort et la prison. Alors, il est exposé au chômage aujourd’hui, à la misère, à la faim, on le voit. Il est exposé à la pauvreté, même sans chiffres, on le voit.

Donc pour répondre à votre question, je pourrais citer d’autres cas qui démontrent que la démocratie est en danger, qui démontrent que la démocratie est à l’épreuve, mais je donne ceux-là pour démontrer que la démocratie est en train d’être précipitée dans le gouffre. En peu de mots, je dirais ce que j’avais dit, la démocratie est en voie de disparition car ses piliers sont en voie de disparition.

Si les partis politiques continuent à se comporter comme ils se comportent aujourd’hui, puisque ce sont les principaux challengers du pouvoir, qui sont là pour dire au pouvoir : si vous ne faites pas ceci ou cela, on vous remplace. En fait c’est un gouvernement en attente, c’est comme un gouvernement en attente. Si les partis, si l’opposition continue à se comporter comme elle se comporte aujourd’hui, il n’y aura pas de démocratie. Nous sommes dans une région où on parle peu de démocratie.

N.P. Vous venez de nous brosser sur la situation de la démocratie que vous qualifiez d’être en danger. Quelles sont les propositions que vous faites pour que la démocratie redémarre sur des bases solides dans notre pays ?

L.N. Les propositions que je vais faire partent de ce que j’ai vu sur terrain. D’abord, il y a eu un refus vraiment tragique de la démocratie en 1993 : assassinat de Melchior Ndadaye, ses collaborateurs, suivis de massacres ethniques dans tout le pays, c’était un coup dur. La deuxième difficulté, c’est la naissance des mouvements politiques armés qui continuent à croire dans la force militaire pour diriger le pays, pour accéder au pouvoir. C’est un grand obstacle.

Le troisième obstacle, ce sont les partis politiques, des organisations anti-démocratiques, même des médias anti-démocratiques qui naissent dans ce contexte. Il y en a qui travaillent pour le compte du pouvoir et qui se dénomment partis politiques, qui se dénomment société civile ou qui se dénomment médias, mais en réalité, qui travaillent pour le compte du pouvoir. Cela est un obstacle aussi.

Ils figurent parmi les piliers de la démocratie, les contre-pouvoirs. En fait ce sont des groupes de pression qui ne font plus de pression quand ils sont comme ça. Je vois une jeunesse, j’ai vu une jeunesse qui devrait être formée et informée pour prendre la relève le moment venu. Cette jeunesse est aujourd’hui désemparée, elle a été détruite aussi. Il y a des partis politiques qui entraînent cette jeunesse dans les actes de déstabilisation de la société. Il y a des assassinats, des pillages, des incendies, on le voit. Donc je pars de cela

Si je ne pars pas de cela je risque de faire de mauvaises propositions. Je ne parle pas de dirigeants que j’ai vu à l’œuvre, j’ai vu des présidents, j’ai travaillé avec eux, j’ai vu des vice-présidents, des premiers ministres, des parlementaires, j’ai travaillé avec eux. Alors je ne peux pas proposer beaucoup de choses. Je propose tout simplement et c’est une répétition que je fais maintenant, je le dis, j’en suis conscient, il faut consulter l’école de la démocratie. Avec la constitution de 1992, nous sommes entrés dans une école de la démocratie. Il faut alors consulter cette école. Pourquoi alors consulter cette école ? Parce que l’on va apprendre comment se comporter dans un contexte dit démocratique si vous voulez.

N.P. Y aura-t-il des professeurs pour cette école ?

L.N. Oui, ce ne sera pas une maison comme celle-ci. Ce sera une capacité de former les gens pour qu’ils soient capables de suivre les questions principales, des questions fondamentales qui se posent dans la société, qui soient capables de faire des analyses, qui soient capables de mener des réflexions, qui soient capables de mener des débats sur les questions de fond et non pas travailler sur les rumeurs.

Comme cela, c’est au sein des partis politiques, c’est au sein de la société civile, au sein du gouvernement, au sein des militaires, au sein de la population, un peu partout pour que chacun sache comment se comporter. Les militaires doivent être initiés pour comprendre leur mission. Ce n’est pas de faire un coup d’Etat, ce n’est pas de protéger tel ou tel autre parti politique, même le parti au pouvoir, ce n’est pas leur mission.

Alors c’est un débat, ce sera progressif, des formations qu’on fera à travers des séminaires, des colloques, des contacts individuels ou collectifs jusqu’à ce que la population soit imprégnée de ce qu’est la constitution. La population doit connaitre ses devoirs, principalement ses droits parce que la population n’est pas au courant de ses droits. Est-ce que la population sait qu’elle est à la base de tout ? Sait-elle qu’elle est la source du pouvoir ? Elle ne le sait pas.

Elle sait que le président de la République est source du pouvoir. Sait-elle qu’elle est la source du développement ? Du moins au Burundi ? Ce n’est pas le gouvernement qui est la source du pouvoir. Le gouvernement n’a aujourd’hui aucun projet qui génère l’argent. Tout cela le peuple ne le sait pas. On devra enseigner le peuple pour qu’il sache ce qu’il vaut dans la société. Il faudra l’apprendre à refuser des mesures injustes, à refuser des lois liberticides. Les députés ont voté des mesures liberticides, il faut que la population soit en mesure de les punir la prochaine occasion.

Alors, il faut qu’à travers cette école, le président de la République élu par le peuple pour le peuple, travaille pour le peuple. Il est redevable devant le peuple, ce n’est pas le peuple qui est redevable devant le président de la République. Les gens ne le savent pas. Ils ne savent pas que ce sont eux qui habillent le président de la République et tout ce monde-là, depuis le président de la République jusqu’au chef de colline, c’est le citoyen qui les rémunère, qui les habille, qui les soigne quand ils sont malades, qui leur donne des frais de mission, mais le citoyen ne le sait pas.

Alors, cette école devra former les gens progressivement. Il y a des gens qui peuvent le faire s’il y a la liberté. Les médias et la société civile, vous pouvez le faire mieux que les partis politiques. Alors il faut que les élus sachent qu’ils sont redevables devant le peuple burundais, ce ne sont pas eux qui sont déçus du peuple burundais.

Les partis politiques dans cette école doivent savoir que lorsqu’ils prennent la responsabilité de créer un parti politique, ce n’est pas pour quémander un poste, pour surveiller qu’un jour, on vous appelle. Vous créez un parti politique pour transformer la société, mais à la veille des élections, vous soutenez un candidat du parti au pouvoir. Si c’est le cas, il faut aller au parti au pouvoir, il faut adhérer au parti au pouvoir. Ou vous avez votre propre programme, ou vous êtes intéressés par son programme auquel cas il faut aller là-bas.

Les partis politiques dont je vous ai parlé tout à l’heure sont comme cela. Tous les partis politiques je dis, à l’exception du Cnl, sont sous la responsabilité du parti Cndd-Fdd. C’est-à-dire c’est le parti qui doit dire aux autres ce qu’ils doivent faire, leur comportement, comment s’exprimer… vous comprenez ? Cela est un danger. Il faut alors que quand vous prenez la responsabilité de créer un parti politique, il faut que vous ayez une vision et une mission. Quand vous avez une vision et une mission, une vision peut durer une cinquantaine d’années, c’est-à-dire adapter une stratégie de compétition.

Mais vous créez un parti politique, vous allez aux élections et une fois que vous perdez, vous laissez. Mieux vaut laisser au lieu d’être un quémandeur, il faut laisser. Moi cela me fait souffrir quand je vois que nous avons une trentaine de partis politiques et qu’il n’y a aucun parti politique qui ose dénoncer ce qui se fait, les malheurs qui frappent la population. S’il n’y avait pas la société civile et un peu quelques médias, on ne saurait rien. Les partis politiques se sont tus, ils ne peuvent pas parler car ils sont sous la coupole du parti Cndd-Fdd, y compris le Frodebu, malheureusement. Il a adhéré il y a, je pense, quelques 2 mois, je n’ai pas la date exacte parce que je n’étais pas d’accord.

Alors au-delà des partis politiques, il faut que la population sache que quand elle va voter, il faudra que l’électeur sache qu’il vote pour un changement d’un programme, c’est-à-dire qui est là depuis 5 ans s’il n’a pas été satisfait, qu’il va voter contre les institutions qui n’ont pas bien travaillé pour lui. Si le président de la République et le parlement ont mal travaillé, il faut qu’il sache qu’il va changer des institutions qui n’ont pas bien travaillé pour lui. Si vous avez bien travaillé, il faut que soyez récompensés, mais si vous avez mal travaillé, il faut quitter.

Il faut que le peuple sache qu’il a le pouvoir. Il ne le sait pas. Mais cela se trouve dans la constitution. Le peuple ne sait pas qu’il peut éjecter le président de la République, les députés, il ne le sait pas. Donc on devra former ces gens pour qu’ils sachent qu’ils ont le pouvoir, celui de développement, qu’ils doivent être détenteurs de ce pouvoir, de ce développement. Mais là alors le développement, c’est entre les mains de quelques individus. Donc voilà en résumé, cette école n’est pas un bâtiment, mais c’est développer dans l’esprit le comportement des gens, la capacité de faire des analyses, de mener des réflexions et des débats qui améliorent la vie de la société.

Alors, je parlais de notre génération, une soixantaine d’années, cela doit conduire obligatoirement et impérativement à une nouvelle génération politique. Nous qui avons vécu cette période, depuis les années 40, nous avons volé, nous avons tué, nous avons emprisonné abusivement, nous avons envoyé des gens en exil, nous avons pillé les richesses de l’Etat, il y a beaucoup de choses qui nous attachent…, donc s’il y a beaucoup de choses qui nous attachent, il est difficile de changer cette société.

Mais après l’accord d’Arusha, moi j’avais vu une émergence de cette nouvelle génération qui commençait à observer, je l’ai observé chez moi, des gens qui étaient dans une ambiance où on pensait très peu aux ethnies. C’est avec le rejet de l’accord d’Arusha par le Cndd-Fdd qu’on est retombé à la case départ. Les mêmes causes engendrant les mêmes effets, nous sommes retournés dans les travers du pouvoir militaire.

N.P. La constitution de mars 1992 prévoit une pluralité des partis politiques. Aujourd’hui, vous dites qu’il n’y a plus pratiquement de partis politiques. Est-ce qu’il n’y a pas de causes internes dans la destruction des partis politiques ? Est-ce que c’est lié uniquement au parti au pouvoir ? Parce que je vois le parti Frodebu qui est divisé, le vois le parti Uprona, le Fnl a dû changer de nom, des partis comme le Cndd-Fdd même ui ont été scindés en plusieurs morceaux. Est-ce qu’est uniquement lié au parti au pouvoir ?

N.P. Peut-être pour abonder dans le même sens. Le parti Frodebu a adhéré au forum des partis politiques. Vous fustigez cette adhésion. Pourquoi ? Est-ce que le parti de Melchior Ndadaye serait-il sur les traces du parti Cndd-Fdd ?

L.N. A la question de savoir s’il n’y a pas de causes internes, la principale cause de destruction des partis politiques est interne. Le parti au pouvoir, quand on lui donne l’occasion de détruire un parti de l’opposition, c’est son droit, voire une aubaine. C’est le droit le plus absolu d’ailleurs. Moi-même j’agirai ainsi si vous me donnez l’occasion de vous détruire. Au fait c’est lié à deux facteurs importants.

Le premier facteur, c’est la fragilité politique et idéologique des cadres et des militants de ce parti. Quand vous entrez dans un parti politique et vous pensez à l’ethnie…, j’entre parce que ce sont des Hutu ou des Tutsi, j’entre parce qu’on va me donner un poste, vous comprenez que ça ne marche plus car vous pensez à des intérêts sectaires et égoïstes.

Le deuxième facteur, à côté de la fragilité, en fait ce sont les deux-là. La fragilité politique et idéologique et les intérêts sectaires et égoïstes qui provoquent des divisions de ces partis politiques. Le parti au pouvoir ne fait qu’accélérer le processus. Cela se passe comme ça.

A propos de la deuxième question, le Frodebu, depuis la création du forum des partis politiques, avait cru que le forum est un cadre où on fait des réflexions et des débats de nature à affronter les défis de l’heure, des sujets politiques, économiques, culturels, etc. C’est ce qu’on pensait. On croyait que c’était dans le prolongement de l’accord d’Arusha. On avait mis en place des mécanismes de garantie internes comme le service de l’Ombudsman. C’est un grand service d’ailleurs pour le compte du citoyen même s’il fonctionne autrement. C’était vraiment un garde-fou pour représenter le citoyen surtout des injustices au niveau de la fonction publique et de la justice. Mais il est devenu presqu’un organe du parti au pouvoir.

La Cnidh c’était un autre mécanisme monté à Arusha qui avait même les prérogatives de porter plainte contre un ministre qui viole les droits de l’homme, mais cette commission est devenue presqu’un organe du pouvoir. L’autre garde-fou c’était la commission vérité et réconciliation, Cvr, qui était associée à la commission nationale terre et autres biens, Cntb. Toutes ces commissions sont devenues des organes du parti Cndd-Fdd au pouvoir. Alors, c’était un autre garde-fou qu’on créait pour pression. En fait on disait, si les partis politiques peuvent se mettre ensemble et se mettre d’accord sur une question de l’heure, ça irait mieux.

On a trouvé que le Cndd-Fdd a pris ce forum comme un organe de ce parti, qu’il commande. On a trouvé que des moyens de subsistance et de fonctionnement étaient gérés par le ministère de l’intérieur. C’est-à-dire qu’en violation de la constitution, le ministère de l’intérieur s’était arrogé le droit de gérer les fonds du forum attribués par les Nations Unies pour que nous soyons plus ou moins indépendants. Dès lors qu’il y a un ministère ou un ministre qui gère cela, vous dépendez de lui. Même le matériel et les véhicules étaient gérés dans ce ministère.

Si vous voulez, les frais de mission étaient gérés à partir de là. Vous savez, nous sommes dans un pays pauvre, il y a le chômage, les gens qui veulent partir pour la mission, vous comprenez comment ils se comportent. Alors, le Frodebu a démissionné, il a tout de suite démissionné. On a vu que le Cndd-Fdd ne voulait pas de rotation. D’ailleurs, le Frodebu pensait que ce forum allait être dirigé par quelqu’un qui n’est pas membre du parti au pouvoir pour essayer de faire un équilibre. On s’est rendu compte que le Cndd-Fdd a refusé la rotation pour s’imposer chaque fois, depuis sa création jusque maintenant. C’est devenu un cadre du Cndd-Fdd qui dirigeait le forum. Le Cndd-Fdd a démissionné.

Comment le Frodebu est retourné dedans ? Je n’ai pas bien suivi, mais je sais qu’une lettre a été écrite et elle a été déposée au forum. Comme je n’ai pas suivi, je ne sais si on a été agréé ou pas, cela ne m’intéresse pas de savoir parce que tous les partis politiques qui sont dans le forum ne peuvent pas s’exprimer en dehors de ce cadre. C’est très grave. Le Cnl je ne sais, mais c’est très malheureux.

Moi je continuerai à dénoncer cela, un parti politique ne peut pas être sous l’aile d’un autre parti politique. Ou vous renoncez à votre statut, à votre identité, c’est comme qu’on voit aujourd’hui qu’aucun parti politique ne s’exprime sur les violations, sur les problèmes de l’heure.

N.P. Vous avez répondu à presque toutes nos questions, mais je voudrais revenir à une question de justice. Il y a le président Melchior Ndadaye qui est assassiné en octobre 1993, il y a le Frodebu qui intente un procès, un dossier qu’on a qualifié de politique, un dossier qui a pris énormément de temps. Mais aujourd’hui, il y a des gens qui sont emprisonnés, qui sont en exil, qui ont fui. Est-ce que c’est un signe d’apaisement pour le parti Sahwanya Frodebu ?

Inhumation du Président défunt Melchior Ndadaye

L.N. Alors le parti Sahwanya Frodebu a condamné de manière énergique ce coup d’Etat. Cela a été un coup d’Etat irréfléchi. Les auteurs de ce coup d’Etat n’ont pas apprécié à sa valeur l situation de ce qui se préparait. Il y avait beaucoup de Hutu qui étaient frustrés, qui considéraient Ndadaye comme un sauveur, un libérateur. Ils ont commis cet acte et voilà, la suite on la connaît.

Nous avons même au niveau du Frodeb, comme vous l’avez dit, intenté un procès c’est moi-même qui ai signé, j’étais le secrétaire général, c’est moi qui ai signé pour le compte du parti politique. La famille de Melchior Ndadaye a aussi intenté un procès. Le ministère public s’était également saisi. Mais le procès n’a pas eu lieu. Pourquoi ? Parce qu’il y a eu tentative de le falsifier. Le procureur général de la République de l’époque a qualifié le dossier de « Assassinat de Melchior Ndadaye ».

Et partant, ils ont arrêté cinq hommes de troupe parce que c’est l’assassinat d’un citoyen X, il a été tué par un gangster de 5 sous-officiers. Ce sont ceux-là qui ont été visiblement jugés. C’était une parodie de justice. Cinq hommes de rang peuvent organiser un enlèvement d’un président de la République, le conduire dans un camp, le conduire dans un autre camp et l’assassiner ? Alors quand nous avons vu que le dossier était presque classé sans suite, par manque d’éléments, nous avons amené ce dossier à Arusha, mais personne n’a été appréhendé.

Nous avons négocié à Arusha pour que tous ces procès, celui de Rwagasore et de Ndadaye, devront être rouverts pour que la vérité éclate au grand jour, que la vérité soit connue et que les auteurs de ces assassinats soient identifiés et connus. En fait c’est ce qu’on voulait de la commission vérité et réconciliation. C’est cette commission qui devait rouvrir tous les dossiers. Mais la mise en place de la Cvr a traîné. Elle a été mise en place en 2014.

Le Cndd-Fdd a pris le dossier en mains. Il a emprisonné une partie des officiers supérieurs qui étaient là à l’époque. D’autres ont fui. Pour le Frodebu, ce n’est pas encore un signe d’apaisement. Même si on regarde comment le dossier s’est passé, le Frodebu n’a pas été associé. Autant le Frodebu s’est félicité qu’on a pensé à rouvrir le dossier, mais ce n’était pas de cette manière. Comme la commission vérité et réconciliation ne travaille pas dans le cadre de la réconciliation, il serait plus apaisant pour le Fodebu si ce dossier servait de leçon. Je vous ai dit qu’on peut analyser tout ce qui s’est passé. Pour moi, c’est établir la vérité avec objectivité, avec neutralité, avec impartialité, pas de règlement de comptes.

Pour arriver à cela, il faut donner la chance aux victimes qui sont encore en vie, les ayant-droits, aux témoins et même aux témoins de cela pour leur donner l’occasion de s’exprimer librement, pour que les gens sachent, mais avec des garanties. Il faut certains mécanismes de garanties parce que quand il sait que s’il pare, il sera guillotiné, il ne va pas parler. S’il sait que quand il va venir, sa parcelle sera saisie, cela ne marchera pas. Il faut que tout soit établi. Voilà ce qui pouvait apaiser le Frodebu, c’est ce que nous avons négocié à Arusha. Mais au fait aujourd’hui, il n’y a pas de commission qui soit conforme à l’accord d’Arusha, qui soit conforme à l’accord tripartite, qui soit conforme même aux consultations populaires qui ont eu lieu.

Cette commission, c’est une autre commission. C’est pourquoi toutes les questions n’ont pas eu de réponses. Je ne sais pas si avec cette commission, on aura des réponses. Mais il y aura une vérité et réconciliation, je vous ai parlé d’une nouvelle génération, qui va travailler dessus. Toutes commissions dont j’ai parlé tout à l’heure seront renouvelées pour constituer des garde-fous, des contre-pouvoirs contre les abus du pouvoir. Il y a trop d’abus, il y a énormément d’abus, c’est pourquoi cette commission est en danger.

N.P. Aujourd’hui, on observe sur toute l’étendue du territoire burundais la cherté de la vie.

L.N. C’est tout-à-fait normal. D’ailleurs, vous me rappelez quelque chose que j’avais oubliée dans les propositions. C’est la consolidation de l’économie et de la démocratie. L’autre proposition c’est la création et le renforcement d’une école pour l’amour du travail. Il faut enseigner aux gens de manger à la sueur de leurs fronts. Il y a une poignée, un groupe de gens aujourd’hui qui sèment là où ils n’ont pas cultivé, je traduis cela en kirundi, mais qui prennent en otage tout le patrimoine de l’Etat.

Des gens qui passent des journées et des journées au travail, il y a une partie de gens qui jouissent de cela, qui s’en accaparent, malignement sous formes d’impôts, sous formes de taxes et 90% des récoltes sont entre leurs mains. On le voit. Allez consulter le budget de l’Etat, allez voir le budget qui est alloué au développement de la commune. Celle-ci n’a pas d’infrastructures, les citoyens n’ont pas où trouver un petit crédit pour développer un petit projet. Si les communes sont pauvres, comment voulez-vous que le pays soit riche ?

Alors aujourd’hui, le budget de l’Etat qui devait servir dans le contexte de lutte contre la pauvreté, la faim, la misère, les maladies, etc, c’est un budget social, c’est un budget qui existe depuis 1993 jusqu’à maintenant à l’heure où on parle. C’est un budget qui sert de fonctionnement de l’Etat, des salaires, des frais de mission, d’autres actes qui engloutissent de l’argent. Mais, le secteur d’investissement, moi je ne vois pas un grand projet qui rentre de l’argent, qui génère de l’emploi. Je n’en vois pas. Il y a eu quelques initiatives des organisations internationales, mais les projets de l’Etat, on ne le voit pas. C’est-à-dire que ce budget, au lieu de développer le citoyen, au lieu de développer la commune, au lieu de développer le peuple burundais, développe les détenteurs du pouvoir. Cela veut dire que 80% de ce budget se trouvent entre les mains du pouvoir.

Effectivement, ils sont riches, il y en a qui sont plus puissants que le gouvernement, qui construisent des maisons soit qu’ils donnent au gouvernement, soit qu’il faut louer. Comment est-ce qu’un ministre, après 10 ans construit à gauche et à droite pour faire louer au gouvernement qui le rémunère ? Mais le gouvernement, pour pouvoir construire le bureau du chef de l’Etat, doit aller demander de l’aide au citoyen, comme s’il n’y a pas eu de planification qu’on met dans le budget de l’Etat. Le citoyen est maintenant très pauvre.

Cela entraîne quoi ? Cela va entraîner la pauvreté, cela est à l’origine de cette pauvreté que nous voyons et la pauvreté entraîne la misère. Aujourd’hui, il y a beaucoup de Burundais qui quémandent. Cette situation conduit au chômage car il n’y a plus de création d’emplois. On vient de m’informer, il n’y pas longtemps, ceux qui ont des chiffres, que le gouvernement, en termes de lutte contre le chômage, pour donner et créer l’emploi, est à 22 ou 23% alors que le secteur privé est à 76%. Cela veut dire qu’actuellement, c’est le secteur privé qui contribue mieux à la lutte contre la pauvreté, contre le chômage et que l’Etat, pour vivre, doit soutirer de la population de l’argent. Les impôts vont monter et toujours monter.

N.P. Alors que c’est du domaine de la loi ?

L.N. La loi ne fonctionne plus dans ces conditions. Tout monte en désordre. Même ceux qui tentent de chercher ces taxes sont malmenés. Ceux qui doivent, ceux qui peuvent encore contribuer 10.000 Fbu, 20.000 Fbu, on les chasse de leur emploi. Donc, cette cherté de la vie découle du budget social, ce qui n’est pas un budget économique. Il faut passer du budget social au budget économique. Si on passe au budget économique, cela veut dire qu’on va beaucoup investir comme dans d’autres pays comme le Kenya, le Rwanda, la Tanzanie, etc.

On va investir et si on investit, on va certainement et à coup sûr lutter contre la pauvreté, le chômage, la faim et la misère. Donc, si ce n’est pas comme cela, si la situation ne s’inverse pas, la vie va continuer à être chère. Il y a des gens qui disent que les devises montent et montent, ce n’est pas la devise qui monte, allez un peu partout, elle a sa valeur. En fait, c’est l’argent burundais qui perd sa valeur, c’est ce qu’on appelle inflation. Elle est très forte. Elle est liée au coût de la vie, ce que vous achetiez hier à 1.000 Fbu, suite à cette inflation, vous l’achetez à 2.000 Fbu.

La cherté de la vie, il n’y a pas d’emplois, 70% de Burundais sont des chômeurs. Les jeunes et les femmes sont des chômeurs. Les hommes passent leur temps dans les cabarets. Les jeunes et les femmes qui devaient aller travailler manquent de moyens. Voilà, l’amour du travail va conduire, si les gens sont imprégnés que le travail ennoblit l’homme et que chaque travail a une part du développement dans le pays, en fait il faut valoriser le travail sous toutes ses formes. Il ne faut pas dire celui-là c’est X, Y,…ce qu’il fait contribue à la survie de la Nation.

Donc il faut respecter les gens quel que soit le type de travail qu’ils font, puis aidez-le, aidez-la à valoriser son travail, à le mettre en valeur. C’est de cette manière qu’on va lutter le chômage et la cherté de la vie.

N.P. J’avais oublié une autre question, c’est à propos des 46 points que le Froebu avait mis en place pour développer le pays et promouvoir la démocratie. Que sont-ils devenus ?

L.N. Alors, il y avait 46 propositions qui étaient si vous voulez regroupées en trois ou quatre catégories. Le premier groupe était politique et avait rapport avec l’armée, la police, la justice pour tous, l’unité des Barundi, la cohésion, l’équité, etc. Le deuxième groupe était économique et avait ses propositions et le troisième groupe était social, culturel, s’occupait de léducation, de l’enseignement, du travail, etc.

Est-ce que les 46 propositions sont toujours là ? Bien sûr que oui. Au niveau de la parole, les 46 points sont toujours là. Elles ont été même améliorées dans les programmes, je parle pour le cas du Frodebu, mais cette amélioration n’a pas beaucoup contribué car le Frodebu n’avait pas suffisamment de force pour les mettre en application, en exécution. Alors, qu’est qui en reste ?

Il y a quand même des restes. Premièrement, j’ai parlé des piliers de la démocratie. Les symboles sont là. Les partis politiques, symboliquement, ils sont là. Ils ne fonctionnent pas comme ils devaient, on parle de 36 partis politiques, le système politique multipartite reste. J’ai parlé de nouvelles générations, elles vont partir de là, il faut qu’il y ait une nouvelle base.

Deuxièmement, la société civile, j’ai vu qu’elle est divisée, qu’elle est détruite, etc., l’idée est là l’avoir des organisations de la société civile. Il y en a même, mais le problème est qu’elles ne savent pas ce qu’elles doivent faire. Celles qui sont ici, je ne sais si elles le font exprès, mais les gestionnaires de ces organisations ne connaissent pas exactement leur mission.

Alors, les médias, il y a des radios, certaines ont été détruites, il y a des journaux écrits, il y a des télévisions, Isanganiro aune télévision, c’est-à-dire que timidement, au moins au niveau politique, il y a un symbolique. Pour accéder au pouvoir, il n’y a pas de véritables élections, mais on parle d’élections, c’est truqué, c’est fraudé, mais l’idée reste. Cela veut dire que ça servira pour les générations futures.

Ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir sont venus du maquis avec des armes. Ils continuent à croire que le fusil résout les problèmes. Même si vous regardez le sommet de l’Etat, c’est vraiment militarisé, le président de la République, le président de l’Assemblée Nationale, le secrétaire général du parti au pouvoir, les gouverneurs, c’est trop. Et si vous entrainez ces militaires dans la politique comme ça, progressivement, leur mission s’effrite, leur carrière s’effrite. Certains sont devenus même des commerçants, de grands commerçants.

Donc je dis, ce qui reste de cela, c’est symbolique, par exemple, la réforme de l’armée, la réorganisation de l’armée, la justice a été réorganisée, la question des Hutu et des Tutsi aussi. Même si le Cndd-Fdd fait semblant d’ignorer, c’est dans sa tête. Au niveau du fond, des faits, tous les Burundais savent ce qui est écrit dans l’accord d’Arusha.

La région sait ce qui est mentionné dans l’accord d’Arusha, les Nations Unies, qui sont garantes de cet accord et au-delà, dépositaires de cet accord. Maintenant, il y a trois originaux, un original au Burundi, un original aux Nations Unies et un original à l’Union africaine. Cela veut dire que vous vous dites bon c’est un brouillon, c’est à mettre dans les archives, mais le peuple burundais et la communauté internationale restent attachés à l’accord d’Arusha.

Même le Cndd-Fdd en le rejetant, il ne le dit pas, il essaye de tricher un peu, mais il ne le dit pas. Cela veut dire qu’au niveau théorique, il reste attaché à l’accord d’Arusha. Il dit bon voilà, dans la constitution, nous l’avions mentionné. Donc il y a vraiment quelque chose qui est resté et qui pourrait servir s’il y a un réveil.

Je viens de parler de l’opposition politique, cela se trouve où ? A l’intérieur ? A l’extérieur ? De toutes les façons, on ne la voit pas à l’œuvre. Certains médias, on les voit à l’œuvre, on voit à l’œuvre certaines confessions religieuses, on voit à l’œuvre ceux qui sont à l’extérieur, qui ont des radios, des organisations de la société civile, ils sont en train de continuer à se battre pour les droits fondamentaux de la personne humaine, les libertés publiques, le développement, la dignité des Burundais, mais l’opposition, je ne la vois pas faire cela alors que c’est son rôle. C’est un gouvernement en devenir. Où est-ce qu’elle est ? C’est un problème.

Pour me résumer, je dis de toutes les façons, des 46 propositions, nous avons des symboliques. C’est déjà mieux, on peut se contenter de cela, c’est un acquis. Mais on peut se poser la question, si je regarde par où j’ai commencé. Comment les sauvegarder ? Comment les entretenir ? Comment les renforcer ? Comment les consolider ? Est-ce qu’on va les consolider avec le pouvoir actuel ? Mais, je ne condamne pas totalement le parti au pouvoir, je condamne aussi l’opposition qui est incapable de s’organiser autour d’un idéal de changement. En fait, l’opposition dans son ensemble dispose de force plus que le pouvoir, je le dis, si le pouvoir n’avait pas utilisé les moyens forts en 2015, il serait tombé.

Mais il y a un groupe de gens qui ont sauté sur l’occasion pour parler d’un faux coup d’Etat. Je m’interroge d’ailleurs sur l’origine de ce coup d’Etat parce cela a arrêté un mouvement pacifique en cours qui revendiquait ses réclamations. Mais quand ce coup d’Etat est venu, on a commencé à tout chambarder, à provoquer des exils, à provoquer un désordre, donc il y a une base pour bâtir l’avenir de cette Nation. Ce sont ces symboliques qui manquent tout simplement ceux qui peuvent faire fonctionner la machine. Ces organisations de la société civile qui sont dispersées, il faut qu’elles soient conscientes et travailler ensemble, il ne faut pas se grouper en ethnies.

Il faut que les partis politiques, deux ou trois partis politiques, je ne crois pas que ce soit tous les partis politiques, jusqu’à 5 par exemple, comme le Cnl, l’Uprona, le Msd, celui-ci est rayé, mais où sont ses membres ? Ils sont ici, il y en a qui sont en exil, d’autres en prison, mais le gros est ici, pour ne citer que ceux-là, qu’ils soient conscients qu’ils ont une mission, qu’ils n’ont pas la mission de courir derrière le pouvoir, espérant que demain ils auront ceci ou cela, ils n’auront rien. Si tu ne travailles pas, tu n’as rien. Il faut donc que ces partis se mettent ensemble autour d’une mission.

Ils arrêtent une vision, ils se donnent une mission, dont certainement des orientations, des stratégies et ils vont penser à un plan d’action pour le long terme. Il faut travailler pour le long terme. En fait ce qui tue, c’est de travailler pour le court terme, ça m’échappe, ça m’échappe, une voiture m’échappe, une maison m’échappe, un poste m’échappe. Donc les négociations nous ont servis, mais elles nous ont desservis aussi parce qu’à un certain moment, messieurs les journalistes, je parle de ce que je sais.

Juste avant l’entrée en démocratie, je ne sais pas quel pays ou quelles organisation nous a donné des véhicules, sept, des jeeps. Alors chaque président de parti politique avait une jeep. Moi-même j’ai roulé dans cette jeep deux ou trois ans. Vous comprenez. Les partis politiques ont cru qu’en naissant ou en se détachant de leurs partis et créer les leurs, ils auront une jeep. Cela a été le premier obstacle. Le deuxième, c’était la négociation de la convention de gouvernement, la négociation du partenariat, la négociation de l’accord d’Arusha. Les gens ont négocié avec uniquement l’esprit de partager les postes de responsabilité, devenir ministre, d’autres de devenir des députés, des sénateurs, des ambassadeurs, des directeurs généraux, etc. Ils ont oublié leurs programmes et ils ont pensé que les textes que nous avons rédigés pour la convention de gouvernement, pour le partenariat, que c’étaient leurs programmes.

Alors ils ont oublié leurs programmes, ils sont entrés dans les logiques d’avoir un poste, d’avoir un peu d’argent, quelque chose comme ça. C’est l’avis qui prédomine dans ces gens quand participent dans des forums. Les gens se disent, comme on est là, ils pensent que c’est une pépinière où on va puiser des fonctionnaires, des directeurs généraux, des conseillers. Par-là d’ailleurs, on peut tirer une personne qui est docile, mais insignifiant par rapport à la mission de sauver la Nation, en la nature de transformer la société, à la hauteur d’unir le peuple burundais et garantir la paix et la sécurité à tous les Burundais. Il faut que les partis politiques travaillent dans cet esprit pour garantir la paix et la sécurité à tous les citoyens.

Il faut que les droits fondamentaux et les libertés publiques soient sauvegardées et même renforcées parce que la dignité humaine n’a pas de prix. Maintenant ce citoyen n’est plus digne, il marche à pieds, il ne mange pas, il ne s’habille pas, il boit de l’eau malpropre. C’est un très grand problème. J’espère que nous avons fait le tour.

N.P. Merci.

Propos reccueillis par Norbert Rucabihari et Jean-Claude Kavumbagu

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